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Août 2021
Guerres sans fin contre les Palestiniens
Auteur : Théo Buss

Résumé par Théo Buss de l’article :     «Une domination israélienne toujours plus brutale», d’Alain Gresh 1

En Palestine, l'histoire se répète. Régulièrement, inexorablement, impitoyablement. Et c'est toujours la même tragédie, tant les données sur le terrain sont aveuglantes, mais qui continue à surprendre ceux qui prennent le silence des médias pour l'acquiescement des victimes. Chaque fois, la crise épouse des contours particuliers et emprunte des chemins inédits, mais elle se résume à une vérité limpide: la persistance depuis des décennies de l'occupation israélienne, du déni des droits fondamentaux du peuple palestinien et de la volonté de le chasser de ses terres.

Le chapitre le plus récent de cette catastrophe toujours recommencée s'est donc ouvert à Jérusalem. Les éléments en sont connus: la répression brutale de jeunes Palestiniens chassés des espaces publics de la Porte de Damas et de l'esplanade des Mosquées, où ils célébraient chaque soir la rupture du jeûne du ramadan – bilan: plus de trois cents blessés; l'invasion de cette même esplanade par la police israélienne, qui n'a hésité ni à lancer des gaz lacrymogènes sur les fidèles ni à tirer des balles prétendument en caoutchouc; l'expulsion programmée de familles entières du quartier de Cheikh Jarrah; l'incursion, aux cris de «Mort aux Arabes» des suprémacistes juifs… Violer le mois du ramadan, profaner un sanctuaire de l'islam, user de la force brute: beaucoup de voix en Israël ont dénoncé, après coup, les «erreurs» commises. Des erreurs? Une arrogance aveugle et un mépris pour les colonisés, plutôt.

(…) Un jeune Palestinien d'Israël explique ainsi sa solidarité avec Cheikh Jarrah: «Ce qui se passe à Jérusalem correspond exactement à ce qui se passe à Jaffa et à Haïfa. La société arabe en Israël subit une expulsion systématique. Nous avons atteint le point d'ébullition. Personne ne se soucie de savoir si on peut continuer à exister: au contraire. On nous pousse à partir.»

Une riposte disproportionnée

(…) L'armée israélienne, convaincue d'avoir à la fois porté des coups mortels au Hamas lors de son offensive de 2014 et «acheté la paix» pour une poignée de dollars, s'est laissée surprendre par son entrée dans la bataille de Jérusalem. (…) Tous les Palestiniens, musulmans ou chrétiens, considèrent Jérusalem comme le coeur de leur identité. Des photographies ou des peintures de la ville, parfois même des maquettes de la mosquée Al-Aksa, ornent leurs maisons. L'ampleur du mouvement autour de Cheikh Jarrah, qui s'est étendu jusqu'aux Palestiniens d'Israël, a poussé le Hamas à jeter son poids dans la bataille et à envoyer quelque trois mille missiles vers Israël.

(…) Sur le plan militaire, l'armée israélienne a fait ce qu'elle sait faire: elle a appliqué la doctrine du général Gadi Eizenkot, élaborée à la suite de la guerre contre le Liban de 2006. Cette doctrine prône une riposte disproportionnée et des «représailles» contre les zones civiles pouvant servir de base à l'ennemi. Aucune autre armée dans le monde n'a osé formuler ouvertement une telle «doctrine terroriste» – même si nombre d'entre elles n'hésitent pas à la mettre en oeuvre, que ce soit les Américains en Irak ou les Russes en Tchétchénie. Ainsi, n'importe quel bureau peut être qualifié de cible légitime. Le bilan est terrible: plus de 230 Palestiniens tués, dont une soixantaine d'enfants; 1800 blessés; 600 maisons et une dizaine de gratte-ciel totalement détruits; des centres médicaux,

des universités, des stations électriques touchés. Dans le camp opposé, 12 morts israéliens. Un bilan qui intéressera sûrement la Cour pénale internationale, laquelle a mis la situation en Palestine à son ordre du jour.

Tout cela pour quel résultat? demande Alain Gresh. C'est «l'opération la plus ratée et la plus inutile d'Israël à Gaza», dénonce Aluf Benn, rédacteur en chef du quotidien israélien Haaretz. Non seulement l'armée n'a rien anticipé – elle qui se glorifie à chaque nouveau round d'avoir «éradiqué les organisations terroristes et leurs infrastructures» – mais elle «n'a pas la moindre idée de la manière de paralyser le Hamas et de le déstabiliser. Détruire ses tunnels avec des bombes puissantes n'a infligé aucun dommage sérieux aux capacités de combat de l'ennemi.»

Ne pas disparaître de la carte

Il est vrai, ce genre de calculs n'ouvre pas le chemin vers une solution de paix. (t.b.).

Ce n'est assurément pas le dernier acte de la pièce qui vient de se jouer. Les Palestiniens ont montré une fois de plus leur détermination à ne pas disparaître de la carte diplomatique et géographique. Faudra-t-il attendre la prochaine crise, avec son cortège de destructions, de morts et de souffrances pour en prendre conscience?

Alain Gresh
© «Le Monde diplomatique»

Parmi les premiers, Nelson Mandela avait condamné le régime israélien comme reposant sur l'apartheid. Le grand savant palestinien Edward Said, de son côté, affirmait en 1979 déjà qu'Israël était un pays pratiquant l'apartheid depuis sa fondation. La Knesset, elle, avait édicté une loi interdisant l'utilisation de l'expression apartheid. Mais le masque est tombé avec la proclamation d'Israël «État-nation du peuple juif» et de toutes les mesures qui l'accompagnent, dont l'hébreu proclamé seule langue officielle… Alain Gresh relève que plusieurs personnalités de la gauche américaine n'hésitent plus à employer des termes tels qu'«occupation», «apartheid» ou «ethnonationalisme». Espérons que ce ne soit pas seulement un changement de vocabulaire.


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