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Février 2021
La gauche brahmane
Auteur : Pierre Aguet

Dans une de ses dernières chroniques, Michel Bühler se permet de dire que «il me semble que». Il justifie cette façon de s’exprimer par le fait qu’il n’a fait que des études secondaires. «Je n’ose pas parler comme un philosophe ou un sociologue. Je suis conscient de mes limites ». Que devront dire les citoyens et les citoyennes qui n’ont étudié qu’en primaire? Les voilà définitivement largués et de plus en plus enclins à faire confiance à des Trump ou à des Blocher, ces hommes qui semblent mieux les comprendre. A un congrès du Parti socialiste vaudois à Lausanne, Pierre-Yves Maillard avait attiré l’attention de ses camarades sur ce phénomène: «Il n’y en a plus que pour les universitaires dans ce nouveau parti socialiste ». Avec lui, je pense qu’il va falloir tenir compte de cette nouvelle donne et faire en sorte que ceux qui n’ont pas eu le privilège d’une formation qui va jusqu’au master ou au doctorat, puissent avoir encore leur mot à dire dans ce qui fut le parti des travailleurs.

Thomas Piketty analyse ce phénomène dans son dernier livre: Capital et idéologie. Les partis sociauxdémocrates, dans les décennies d’après-guerre ont été les partis des travailleurs, très attachés à une meilleure répartition des richesses. Dès la fin du 20e siècle, ils sont devenus les partis des diplômés, la gauche brahmane. Pas la gauche caviar. Elle perd progressivement son électorat populaire. Jusque dans les années 1980, plus ils étaient diplômés, moins les électeurs votaient à gauche. Depuis 1980, c’est le contraire. Quelques exemples. En 2016, pour la première fois aux USA, parmi les 10% des plus hauts revenus, les démocrates font mieux que les républicains. En 2012, lors de l’élection de François Hollande, la gauche doit sa victoire aux plus hauts diplômés. Hollande obtient 47% des suffrages des sans diplôme, 50% des diplômés du secondaire et 58% des diplômés supérieurs.

Piketty précise que cela ne tient pas à la personnalité des candidats car ce phénomène est confirmé dans les élections de 2002, 2007, 2012 et 2017. Beaucoup de ces diplômés doivent leur succès académique au fait que la gauche s’est constamment battue pour l’égalité des chances, spécialement au niveau de la formation. Surtout s’ils sortent d’un milieu modeste, ils restent reconnaissants aux partis de gauche. L’ancien parti des travailleurs devient le parti des gagnants du système éducatif et progressivement se sépare des catégories populaires qui le considèrent comme arrogant. En 1956, 75% des électeurs n’avaient qu’un diplôme primaire. En 2012, ils ne sont plus que 18%. Ce sont des chiffres français mais en Suisse, aux USA et dans tous les pays développés le phénomène est le même. Il s’agit de s’en réjouir.

Revenons en Suisse. C’est une chance pour notre gauche politique et syndicaliste que de pouvoir compter sur cet apport considérable de militants nouveaux bien formés. Cela se traduit par des élus et élues brillants (tes) et efficaces dans nos diverses instances, à tous les niveaux. Mais il faut être absolument attentif à deux choses: ces brillants militants (tes) doivent prendre le temps de fréquenter la base, de l’écouter, de lui laisser une certaine influence. Eviter de paraître arrogants et de n’être heureux qu’entre eux. Ne plus se contenter des bons salaires correspondants à leur formation et à leur job et revenir à cet objectif qu’ils négligent trop: se battre pour une meilleure répartition des revenus de l’activité générale. Une des clés: une imposition lourde des profiteurs du système capitaliste. N’est-ce pas un système que l’on a promis de dépasser?

Dans une de ses dernières chroniques, Michel Bühler se permet de dire que «il me semble que». Il justifie cette façon de s’exprimer par le fait qu’il n’a fait que des études secondaires. «Je n’ose pas parler comme un philosophe ou un sociologue. Je suis conscient de mes limites ». Que devront dire les citoyens et les citoyennes qui n’ont étudié qu’en primaire? Les voilà définitivement largués et de plus en plus enclins à faire confiance à des Trump ou à des Blocher, ces hommes qui semblent mieux les comprendre. A un congrès du Parti socialiste vaudois à Lausanne, Pierre-Yves Maillard avait attiré l’attention de ses camarades sur ce phénomène: «Il n’y en a plus que pour les universitaires dans ce nouveau parti socialiste ». Avec lui, je pense qu’il va falloir tenir compte de cette nouvelle donne et faire en sorte que ceux qui n’ont pas eu le privilège d’une formation qui va jusqu’au master ou au doctorat, puissent avoir encore leur mot à dire dans ce qui fut le parti des travailleurs.

Thomas Piketty analyse ce phénomène dans son dernier livre: Capital et idéologie. Les partis sociauxdémocrates, dans les décennies d’après-guerre ont été les partis des travailleurs, très attachés à une meilleure répartition des richesses. Dès la fin du 20e siècle, ils sont devenus les partis des diplômés, la gauche brahmane. Pas la gauche caviar. Elle perd progressivement son électorat populaire. Jusque dans les années 1980, plus ils étaient diplômés, moins les électeurs votaient à gauche. Depuis 1980, c’est le contraire. Quelques exemples. En 2016, pour la première fois aux USA, parmi les 10% des plus hauts revenus, les démocrates font mieux que les républicains. En 2012, lors de l’élection de François Hollande, la gauche doit sa victoire aux plus hauts diplômés. Hollande obtient 47% des suffrages des sans diplôme, 50% des diplômés du secondaire et 58% des diplômés supérieurs.

Piketty précise que cela ne tient pas à la personnalité des candidats car ce phénomène est confirmé dans les élections de 2002, 2007, 2012 et 2017. Beaucoup de ces diplômés doivent leur succès académique au fait que la gauche s’est constamment battue pour l’égalité des chances, spécialement au niveau de la formation. Surtout s’ils sortent d’un milieu modeste, ils restent reconnaissants aux partis de gauche. L’ancien parti des travailleurs devient le parti des gagnants du système éducatif et progressivement se sépare des catégories populaires qui le considèrent comme arrogant. En 1956, 75% des électeurs n’avaient qu’un diplôme primaire. En 2012, ils ne sont plus que 18%. Ce sont des chiffres français mais en Suisse, aux USA et dans tous les pays développés le phénomène est le même. Il s’agit de s’en réjouir.

Revenons en Suisse. C’est une chance pour notre gauche politique et syndicaliste que de pouvoir compter sur cet apport considérable de militants nouveaux bien formés. Cela se traduit par des élus et élues brillants (tes) et efficaces dans nos diverses instances, à tous les niveaux. Mais il faut être absolument attentif à deux choses: ces brillants militants (tes) doivent prendre le temps de fréquenter la base, de l’écouter, de lui laisser une certaine influence. Eviter de paraître arrogants et de n’être heureux qu’entre eux. Ne plus se contenter des bons salaires correspondants à leur formation et à leur job et revenir à cet objectif qu’ils négligent trop: se battre pour une meilleure répartition des revenus de l’activité générale. Une des clés: une imposition lourde des profiteurs du système capitaliste. N’est-ce pas un système que l’on a promis de dépasser?

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