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Décembre 2020
Patrimoine environnemental
Auteur : Marc Gabriel

Qu’y a-t-il de plus patrimonial que la richesse foisonnante de la nature, que la biodiversité extraordinaire, tellement extraordinaire que l’humanité ne cesse d’en découvrir des formes extravagantes, inattendues, spécialisées, parfois invraisemblables, inimaginables. Pourtant, elles s’expriment dans des milieux si hostiles qu’il paraissait impossible que la vie s’y manifestât. En un mot: qu’y a-t-il de plus patrimonial que la vie elle-même? Or la diminution de la biodiversité constitue le signe le plus évident des dégâts infligés à Mère Nature par la main de l’homme. Les industrieux que nous sommes, conscients ou pas, participent grandement et de manière variée à cette entreprise de destruction, accomplie au nom du progrès, un vocable très pratique pour cacher les avidités profitables des uns aux dépens des autres et surtout de la biodiversité.

Une Brave entre les Braves

Rachel Carson
Rachel Carson, source: Wikipedia
Domaine public, commons Wikimedia

Mais, heureusement, il y des veilleurs et des gardiennes, des lanceuses d’alertes et des chercheurs conséquents, des hommes et des femmes qui voient au-delà du «progrès» et qui, constatant l’appauvrissement toujours plus inquiétant de cette biodiversité, tentent de nous alerter, de nous décrire les blessures parfois irréversibles infligées à notre planète. Parmi ces Braves d’entre les Braves, il y a une femme, une américaine, biologiste marine et écologiste avant la lettre puisqu’elle nous a quittés en 1964 déjà. Courageuse et déterminée, Rachel Carson a, dès les années 1950, livré bataille et alerté ses contemporains sur les méfaits de l’utilisation des pesticides comme de la diminution de la biodiversité.

Rachel Carson (1907-1964) a été la première à dénoncer les pesticides, dans Printemps silencieux (Silent Spring) paru en 1962, en démontrant qu’ils étaient dangereux pour les oiseaux et pour les humains. Mais, ce sont d’abord les milieux marins qui ont fait l’objet de ses préoccupations et de ses premiers articles parus dès les années 30. Dès 1945, elle s’intéresse, scientifiquement, au funeste DDT qu’elle dénoncera sans relâche. Sa ténacité finira par aboutir à l’interdiction du DDT.

Rachel Carson est sans conteste une pionnière de l’écologie, injustement oubliée, car cette femme courageuse a vu juste et bien avant la «mode écologiste». C’était une écologie faite d’éthique et de rigueur scientifique. Il n’y avait alors pas de parti vert, pas plus que de politique écologiste incantatoire. Rachel Carson a quand même donné son nom à un prix international décerné aux défenseurs méritants de l’environnement. Sa fiche Wikipédia 1 est très bien faite et je vous en recommande sa lecture attentive, vous y découvrirez (peut-être) une personnalité plus qu’attachante.

Chaque jour, la nature produit suffisamment pour nos besoins. Si chacun ne prenait que ce qu’il lui faut, il n’y aurait pas de pauvreté dans le monde, et personne n’y mourrait d’inanition.
– Gandhi

Mais, il convient surtout de lire ses livres. Je n’ai pu en trouver que deux traduits en français. Donnez du travail à vos librairies habituelles et demandez qu’elles vous fournissent Printemps silencieux, ce n’est, affirme l’ancien vice-président américain Al Gore, rien moins que «l’acte de naissance du mouvement écologiste 2». C’est un livre passionnant, compréhensible et très complet, vous y découvrirez comment cette femme –seule– s’est dressée contre l’industrie chimique et a obtenu gain de cause. Je ne sais pas si nos verts helvétiques ont lu Rachel Carson, mais ils devraient le faire. Pour faire bonne mesure, commandez également à votre libraire favori (évitez d’enrichir Amazon) La mer autour de nous 3, c’est presque une bible synthétique de l’écologie marine, une description précise et documentée qui fait aujourd’hui encore référence en la matière.

Une «vulgarisatrice» exceptionnelle

Ce qui m’a le plus étonné au cours de la lecture de ces deux ouvrages, c’est la précision scientifique en même temps que la vision d’ensemble que j’y ai trouvée. Rachel Carson était non seulement une très grande scientifique, mais encore une écrivaine de talent (première nouvelle publiée alors qu’elle n’était âgée que de dix ans) et une «vulgarisatrice» exceptionnelle. Très tôt nourrie des œuvres de Joseph Conrad, Herman Melville ou de Robert Louis Stevenson, c’est en lisant cette littérature proche de la nature que Rachel Carson a saisi toute la diversité du vivant et s’est profondément inoculé le virus de l’écologie. J’ai été ravi de découvrir cette Grande Dame dont j’ignorais l’existence. À l’égal d’un Hubert Reeves – Poussières d’étoiles – et de Carl Sagan – Cosmos – tous deux grands astrophysiciens ou encore à l’instar d’un Isaac Asimov – Fondation –, vulgarisateur scientifique, Rachel Carson nous apporte la compréhension claire et complète de la nature et des problèmes induits par les actions humaines.

La morale de cette histoire est pourtant bien triste. Rachel Carson est lue depuis plus de 60 ans et malgré ça, l’avidité productiviste a continué de détruire, au nom du progrès, la biodiversité planétaire. Notre patrimoine, celui de Notre Terre, est sciemment détruit alors que nos gouvernements peinent à réagir, sans mentionner ceux, mais ce ne sont pas les seuls, qui comme les gouvernements actuels des États-Unis et du Brésil détruisent cyniquement, méthodiquement et sans vergogne la nature. Il est vrai que ni Trump ni Bolsonaro ne doivent avoir lu Rachel Carson. Il y a comme ça des livres qui devraient obligatoirement être lus par tout aspirant à gouverner.

Marc Gabriel


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