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Décembre 2021
Dans les griffes des humanistes
Auteur : John Vuillaume

Stanko Cerovic fut un farouche opposant au régime de Milosevic. Cela ne l’a pas empêché de dénoncer l’énorme mensonge distillé dans tous les médias européens concernant la guerre au Kosovo qui déboucha sur le bombardement de la Serbie en 1999.

La guerre au Kosovo: un rapide rappel des faits. L’armée et les paramilitaires serbes avaient commis d’atroces exactions durant les années qui précèdent les événements du Kosovo: massacre de Srebrenica (8000 hommes bosniaques, combattants ou non, exécutés sommairement), viols, tortures ignobles, camps de concentration, etc. Certains Croates et Bosniaques ne se sont pas mieux comportés. Une guerre civile horrible.

Voulant à tout prix éviter qu’une province «historique» de la Serbie quitte son giron, Milosevic intervient militairement au Kosovo, très majoritairement albanais. Mais ses troupes sont fatiguées de massacrer, de violer et de torturer à tour de bras. L’UCK, l’armée de libération du Kosovo, donne cependant du fil à retordre à des militaires aguerris qui réagissent cruellement. S’ensuivent des exactions et des meurtres de résistants albanais, mais pas de massacres systématiques.

Les menaces occidentales font néanmoins réagir Milosevic qui décide de détruire les passeports des populations civiles albanaises et de les forcer à quitter massivement le Kosovo pour bloquer les voies de communication et ainsi éviter une intervention terrestre de l’OTAN1.

Les Américains contre l’Europe

L’invasion du Kosovo est une occasion que les Américains ne vont pas manquer de saisir pour pointer du doigt l’impuissance européenne et relancer l’OTAN après la disparition de la menace communiste. Les pays européens se montrent incapables d’intervenir efficacement dans les conflits qui déchirent l’ex-Yougoslavie. Les Américains vont reprendre la main et confirmer qu’ils sont bien les maîtres du jeu. Ils décident qu’il faut régler à tout prix son compte à Milosevic et à la Serbie. Mais la situation au Kosovo n’est pas suffisamment aiguë pour justifier devant l’opinion publique une intervention militaire occidentale massive contre la Serbie. Qu’à cela ne tienne, on inventera de toutes pièces des mensonges qui serons accrédités et massivement diffusés par les médias occidentaux.

Une manipulation soutenue par les dirigeants politiques européens

Des communicants américains et anglais furent chargés de mettre en œuvre la manipulation. En Europe, l’Anglais Tony Blair et le Français Lionel Jospin furent parmi les principaux dirigeants politiques qui se prêtèrent à cette monstrueuse manipulation des masses. Ils connaissaient la réalité de la situation, mais ils trouvèrent normal de tromper et d’abrutir les innombrables individus vautrés dans leurs fauteuils et complètement conditionnés et hébétés par les messages et les images déversés par leur téléviseur.

Des mensonges crédibles

Le ressort de la manipulation est simple mais efficace. Les manipulateurs partent des crimes réellement perpétrés par les extrémistes serbes et imaginent une spirale de la violence dans laquelle ne manquerait pas de tomber un régime nationaliste dictatorial et criminel. Ils imposent alors une comparaison de sombre mémoire avec le nazisme. Milosevic est présenté comme un nouvel Hitler, un dictateur nationaliste sanguinaire qui ne reculera pas devant un génocide pour réaliser la grande Serbie. Srebrenica a bien eu lieu, pourquoi pas des massacres ethniques de plus grande ampleur? L’existence de camps de concentration a été prouvée, pourquoi ne pas suggérer celle de camps d’extermination?

La machine à désinformer est lancée. Les témoignages de prétendues victimes des Serbes sont bidonnés. Des femmes récitent mollement devant des caméras quelques phrases sur leur supposé viol. Le regard fuyant, des hommes confirment sans conviction l’affirmation d’un journaliste sur des exterminations de populations civiles albanaises. On avance le chiffre de 1 million de victimes!

On réduira plus tard ce dernier à 100 000. Quelques années après les faits, on parlera de 10 000 tués. Plus de 2500 corps ont été exhumés à ce jour. La conséquence d’abominables crimes de guerre, pas d’un génocide.

La fin justifie les moyens: l’exemple serbe précède le sinistre cas irakien

Les Américains voulaient bombarder Belgrade et la Serbie. Ses alliés européens ne pouvaient pas empêcher une intervention musclée américaine contre la Serbie. Certains la voyaient même d’un bon œil. Cela ne vous rappelle rien? Quelques années après les populations européennes, ce fut au tour de celle des États-Unis d’être très majoritairement convaincue par de grossiers mensonges émanant de l’administration Bush pour justifier une intervention guerrière en Irak. Le secrétaire d’État d’alors, Colin Powell, paix à son âme, se prêtera à ce très mauvais sketch en exhibant «un tube de plomberie de chiottes et une fiole de mercurochrome» comme le dira crûment Dominique de Villepin, courageux ministre des affaires étrangères qui s’opposera avec Jacques Chirac à la guerre en Irak. Saddam Hussein, comparé lui aussi à Hitler, est censé avoir été un instigateur des attentats du 11 septembre 2001 sur le territoire américain et son pays regorge d’armes de destruction massive! Que de faussetés!

Les bombardements sur la Serbie rappelleront clairement aux Européens qu’ils ne sont plus les maîtres de leur continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La chute de Saddam Hussein assurera notamment et dans une assez large mesure la réélection de Bush.

Il faut aussi malheureusement constater qu’une paix durable n’est pas encore assurée en ex-Yougoslavie et que l’Irak a connu les affres d’une effrayante guerre civile.


1. Stanko Cerovic, Dans les griffes des humanistes, Climats, Paris, 2001

2. OTAN: Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Alliance militaire entre la plupart des pays d'Europe, les États-Unis d'Amérique, le Canada, ainsi que la Turquie.

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