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Octobre 2020
Tourisme à la masse
Auteur : Edith Samba

Aujourd’hui, l’observation du royaume du tourisme est très révélatrice de son courant de fond qui a été promu comme panacée universelle depuis son développement de masse. Aujourd’hui avec la crise, partout la consigne de rester chez soi signifie que le citoyen moyen doit remplacer ses trois semaines aux Baléares par trois jours dans nos Alpes et alentour. Cela donne une idée du processus de fixations des prix: habituellement, nous allions ailleurs, dans des structures de confort accessibles aux portefeuilles d’ici et ceux venus d’ailleurs et bien garnis devaient faire face à des tarifs trop élevés pour les locaux.

Aujourd’hui, les hôtels de luxe et d’affaires crient famine, les autres, de catégories moyenne ou modeste, sont obligés de casser leurs prix ou d’offrir toutes sortes de cadeaux, pour que les autochtones puissent s’offrir quelques jours de dépaysement. Ce système en cascade s’est sensiblement généralisé au gré de son développement: chacun allant, le plus souvent possible, loin de chez lui pour maximaliser le confort de son accueil, avec vols d’avions en augmentation constante, pics d’accueil très pointus et bousculades à tous les étages.

Le tourisme détruit le lieu touristique du seul fait qu’il y attire des foules et que le lieu (villes, paysages, musées) n’a plus d’autre intérêt que celui d’une rencontre qui pourrait se passer ailleurs, n’importe où.
– Henri Lefebvre

Actuellement, on peut volontiers imaginer la détresse des pays en développement qui ont écouté les bons conseils des investisseurs intéressés et misé leurs modestes budgets dans des structures, souvent pharaoniques, pour accueillir cette manne. Magnifiques paysages et espaces culturels traditionnels rongés par le béton, déchets infernaux à gérer, eau de la région captée au profit de ces structures, les profits et les emplois de départ se transforment aujourd’hui en goulets d’étranglement. Artisans, transporteurs et services en tous genres, animaux nourris grâce à l’argent des touristes se retrouvent abandonnés en rase campagne. A chaque niveau de ces infrastructures, les dégâts sont considérables.

Pour analyser positivement cette situation, on peut considérer l’exercice comme tout à fait avantageux sur le plan de la décroissance: vacances locales, diminution des vols et de la pollution, sauvetage d’une partie des emplois, grande redistribution des cartes dans le domaine. Beau terrain de réflexions, semblable à un prototype à échelle mondiale, cela devrait pouvoir aider à envisager une autre manière de fonctionner.

Tout en préservant les retrouvailles familiales et de vrais voyages initiatiques, lents par définition, tout devrait être reconstruit pour éviter le tourisme de masse prédateur: faire acheter des petits chalets suisses dans leur boule à neige fabriqués en Chine à leurs homologues en goguette dans nos stations symbolise les paradoxes du système. Et pour nos montres, on pourrait les vendre partout dans le monde avec ballon d’air de nos montagnes en cadeau…

Edith Samba


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