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Août 2020
Propositions concernant le domaine de la santé
Auteur : Franco Cavalli et Nago Humbert

Sur le plan sanitaire, la crise du Covid-19 nous a démontré, ce que nous savions depuis longtemps, que le système hospitalier public est le seul bouclier capable de nous protéger lorsque la société et surtout ses membres sont menacés et fragilisés par une crise sanitaire. Et cela malgré une politique menée depuis des années par nos gouvernements, dont la seule vision économique guide leurs décisions, les hôpitaux devenant des institutions de profits, dont certains sont même devenus des sociétés anonymes, favorisant les interventions rentables.

Diminution du nombre de lits

Le nouveau système de financement hospitalier (DRGs) augmente de beaucoup la concurrence entre les hôpitaux et provoque une diminution considérable de la durée moyenne d’hospitalisation (ce qui signifie souvent un danger pour les patients). Cette augmentation de la concurrence a engendré naturellement une réduction du personnel et ce système exige que cette situation empire encore dans le futur. Cette politique s’est concrétisée par une importante diminution de lits (la moitié en dix ans) et, dans certains cantons, par une privatisation de certains services comme la salubrité ou la buanderie et par conséquent par un affaiblissement général du secteur public. Et malgré cela, grâce à la mobilisation de tout le personnel soignant, technique et logistique des hôpitaux publics et aux mesures de confinement, notre système de santé a pu faire face à la pire crise sanitaire que la Suisse a connu depuis des décennies.

Mais notre système a aussi montré ses failles, notamment dans l’approvisionnement de certains matériels (masques, blouses, gants, solution hydro-alcoolique) et une pénurie de médicaments essentiels a pu être évitée grâce aux stocks. Mais cette crise a mis en lumière notre grande dépendance vis-à-vis de certains pays comme la Chine ou l’Inde dans la fabrication de nos médicaments (80% de notre consommation), ce qui met fondamentalement en question notre autonomie sanitaire.

D’autre part, nos autorités ont souvent focalisé leurs politiques sanitaires sur une vision hospitalo-centrique, négligeant le domaine de la santé publique dont on reconnaît aujourd’hui l’importance primordiale, et la première ligne, base du système de santé, la médecine générale. Car c’est à la qualité de la médecine générale et à son accessibilité et non aux super spécialités médicales qu’on juge le niveau d’un système de santé.

Une double injustice

D’autre part, la pénurie du personnel de santé formé en Suisse nous renvoie à une double injustice. Alors que dans le même temps, la demande de personnel de santé augmente dans les pays à hauts revenus qui ne forment pas assez de main-d’œuvre, la main-d’œuvre actuelle étant, en outre, vieillissante et que de surcroît, les besoins en soins de santé s’accroissent en raison du vieillissement de la population et de l’augmentation des affections chroniques, la Suisse va puiser une main-d’œuvre qualifiée dans les pays limitrophes ou parfois même dans des pays en voie de développement (un médecin sur quatre formé en Afrique travaille dans un des pays de l’OCDE). Par exemple le CHUV compte 42% de non Suisses parmi ses employés et les HUG 52%. Beaucoup de frontaliers, mais aussi des ressortissants du Portugal, d’Espagne, d’Europe de l’Est ou de Grèce. En Suisse nous formons moins de la moitié des médecins dont nous avons besoin et cela pour des raisons de concurrence fiscale entre les cantons. Il est bien connu que la formation d’un médecin coûte presqu’un million de francs. Il est beaucoup plus rentable de les voler à nos pays voisins. L’ASI (Association Suisse des Infirmières) a calculé que jusqu’à 2030 il nous manquera entre 25 et 30’000 infirmières…

Cela pose en dilemme éthique la question du recrutement de ressources humaines dans des pays qui sont déjà frappés par un manque criant et vital de personnel médical et démontre une double injustice. D’une part, nous utilisons pour soigner notre population des personnels de santé dont nous n’avons pas payé la formation et d’autre part, nous affaiblissons des systèmes de santé qui ont bien besoin de cette main d’œuvre qualifiée.

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Franco Cavalli et Nago Humbert

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