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Août 2020
Qu'il est bon de rêver!
Auteur : Emilie Salamin-Amar

Durant les deux mois de confinement dus à la pandémie du coronavirus, les gens se sont mis à rêver d'un monde différent, d'un avenir radieux. Il est vrai que c'était un moment propice pour se laisser aller à la réflexion. Pourquoi ne pas saisir cette occasion pour réfléchir à une nouvelle organisation mondiale?

On pourrait imaginer un monde sans guerre. Des hommes politiques ayant pour ambition de veiller au bien-être de leurs populations. La fin de la corruption, de la rentabilité à tout prix, de la ségrégation, du racisme et de l’esclavage déguisé. Eduquer les enfants afin de remettre à la mode des mots tels que: bonheur, amour, fraternité, humanité, générosité, empathie, compassion, solidarité, connaissance, respect, tolérance, vérité, honnêteté, vigilance afin qu'ils deviennent une seconde nature.

Or, il n'en est rien! Cela n'a pas l'air d'effleurer la pensée des dirigeants des pays occidentaux. La preuve? C'est que très vite, j'ai entendu parler dans les médias de reprise, de relancer la consommation à coup de milliards. Les premiers bénéficiaires de cette manne tombée du ciel, les compagnies d'aviation, le secteur automobile, pour ne citer que ces deux secteurs fortement pollueurs. Oubliés les artisans, le commerce de proximité! Alors, on peut se poser la question à quoi a servi cette pause forcée? Cet arrêt brutal de l'économie? On peut se le demander, si c'est pour tout recommencer comme avant la pandémie. Vérifier si le bon peuple est toujours un troupeau de moutons, bien dociles? La peur paralyse, c'est connu depuis des lustres! Il n’y a pas que les individus qui ont été confinés, les cervelles aussi!

Certes, ce virus est mortel, le nombre de personnes décédées parle de lui-même. Ce qu'il y a d'étrange dans ce décompte macabre, c'est que pratiquement la moitié des morts décomptés dans la plupart des pays occidentaux sont des personnes âgées résidentes dans des maisons de retraite. On pourrait se poser la question si ces lieux sont des sortes de mouroirs? Et si ce n’est pas le cas, alors comment se fait-il qu'il n'y ait pas eu une obligation de protéger nos vieux, étant entendu que l'on savait depuis le début que le coronavirus était mortel pour eux. Eh bien non, les autorités des pays industrialisés ont préféré assigner à résidence toute leur population. Sans exception!

J'en viens donc à me poser d'autres questions. Et si cette immobilisation générale, mondiale n'était qu'une sorte de répétition à l'échelle planétaire? N'oublions pas qu'en un claquement de doigts, pratiquement toute la population occidentale a été confinée. Tous à la niche! Et donc, tout s'est arrêté. C'est comme si la Terre avait cessé de tourner, l'économie est restée figée, et le ciel s'est éclairci. Fini la pollution, l'effet de gaz de serre. Les photos prises par les satellites en sont la preuve. On respire enfin. On entend même chanter les oiseaux dans les villes. Ce qui veut dire en clair qu'il n’est nul besoin de prendre des mesures à long terme pour sauver la planète. Et par conséquent, c'en est fini des projets à long terme en 2050 ou en 2100 pour se mettre au vert. Il suffit de deux petits mois de confinement et tout l'équilibre rentre dans l'ordre, comme par enchantement. Serait-ce de la magie? Non, de la manipulation!

Alors, dans ce contexte-là, on pourrait se demander pourquoi nous changerions quoi que ce soit dans nos habitudes de consommation. Mesdames et Messieurs, nous avons des réserves d'automobiles invendues. Qui en veut? Profitez des gros rabais sur nos stocks pour changer de voiture! Mesdames et Messieurs, nos compagnies d'aviation sont l'emblème de notre pays, nous ne les laisserons pas mourir et encore moins faire faillite. Nos avions continueront à voler, et qu'importe la pollution. Préféreriez-vous que nous ayons des millions de chômeurs? Ne changeons rien, pensons à la croissance mondiale. Au diable la pollution puisque nous possédons une baguette magique et un sifflet, qui le moment venu, vous donnera l'ordre de regagner votre niche!

Amis lecteurs, ne croyez pas que je sois pessimiste, je suis simplement réaliste. Tant qu'il n'y aura pas d'obligations impérieuses, de nécessité d'urgence, pourquoi le monde devrait-il changer? Tout est une question de profit, de bénéfice sur cette planète. C'est le commerce qui régit notre monde, et non pas nos rêves. Pour l’instant…

Emilie Salamin-Amar

Il faut que tout change pour que rien ne change.
– Giuseppe Tomasi di Lampedusa
(Le Guépard de Visconti)
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