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Août 2020
Quel monde après le Covid-19?
Auteur : Hans-Peter Renk

Au moment où cet article sera sous presse, nul ne peut dire quelles proportions aura atteint la pandémie du Covid-19.

Certes, il est temps de s’interroger sur le fonctionnement du capitalisme réellement existant. Comment imposer des solutions sociales et écologiques et impulser une transformation politique, contre les néolibéraux de droite et de «gauche» (siégeant dans de nombreux gouvernements, y compris celui de la Suisse)?

Toujours votre société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l'état d'apparent repos, porte en elle la guerre, comme la nuée dormante porte l'orage.
– Discours de Jean Jaurès à l'Assemblée nationale, 7 mars 1895

À court terme le monde de l’après-Covid-19 ressemblera fort à celui d’avant. Pour nous limiter à l’Europe (dont la Suisse fait partie géographiquement, mais pas politiquement): «Aujourd’hui, au sein des principaux Etats et des partis gouvernant l’Europe dans le cadre de ‘grandes coalitions’, l’austérité et les politiques néolibérales ne semblent pas être remises en question. Même dans le cas d’une mutualisation, les Etats membres les plus touchés obtenant des prêts ‘sans conditionnalité’ devront dans un futur proche rendre cet argent. Ils devront alors demander de nouveaux prêts pour payer les dettes déjà contractées (un processus sans fin) et alors arriveront en contrepartie les plans d’ajustement structurel. Ainsi la gestion néolibérale du Covid-19 risque de produire une crise de la dette et les réformes austéritaires qui en dériveront, comme celles de 2008, mais en différé. (…) Nous ne pouvons pas uniquement demander d’injecter de l’argent dans des politiques sociales atténuant les conséquences de la crise: fondamentalement, il faut demander comment se paiera la facture. Se pose alors la question de la répartition des richesses. Si nous n’abordons pas ce débat avec des mesures concrètes, ce sera comme en 2008: les classes populaires paieront et supporteront à nouveau la crise par la socialisation des pertes des grands capitaux» (Miguel Urbán Crespo 1, «Une Europe absente face à la crise», solidaritéS, n° 366, 9.4.2020).

En Suisse, les frontières du réduit national ne nous protègent pas. Il suffisait de lire les positions d’officines patronales – l’Union suisse des arts et métiers (USAM), Economiesuisse et Avenir Suisse (cercle de réflexion ultralibéral) – à la veille du 11 mai (déconfinement, avec la réouverture des magasins, des entreprises et des institutions culturelles).

Aux totalitarismes du XXe siècle ont succédé la tyrannie d’un capitalisme financier qui ne connaît plus de bornes, soumet Etats et peuples à ses spéculations, et le retour de phénomènes de fermeture xénophobe, raciale, ethnique et territoriale.
– Stéphane Hessel

L’USAM a formulé «des revendications très concrètes. Sur le plan des conditions ‘cadres’: retour à un strict frein à l’endettement – après que les entreprises auront été largement arrosées par les deniers de l’Etat –, accompagné d’une ‘simplification’ du système d’imposition et du renoncement à l’introduction de nouveaux impôts, taxes et redevances». Et d’exiger «l’assouplissement et l’extension du temps de travail. Les heures d’ouverture des commerces doivent notamment être élargies, y compris le dimanche. En matière d’assurances sociales et de salaires, le maître mot est plutôt ‘réduction’: ‘Tout doit être mis en œuvre pour éviter que ces coûts n’augmentent’» (Guy Zurkinden 2, «Programme de choc patronal», Les Services publics, Année 101, N° 8, 8.5.2020).

Economiesuisse va dans le même sens: «Un programme prévoyant ‘un assouplissement temporaire des règles relatives au travail de nuit et le week-end, des horaires d’ouverture des commerces et de l’interdiction de circuler la nuit’». Et de demander «un moratoire pour toute nouvelle réglementation induisant des coûts» (Guy Zurkinden, op. cit.).

Le capitalisme est un monstre à deux têtes – la banque et le patronat.
– Olivier Besancenot

Il n’existe pas de situation sans issue pour le capitalisme réellement existant. Ne tombons pas dans une illusion similaire à celle qui prédominait au début du 20e siècle dans le mouvement ouvrier et socialiste, à savoir que le capitalisme s’écroulerait finalement sous le poids de ses contradictions. Une position défendue notamment par Karl Kautsky, considéré alors comme le «pape» du marxisme, bien qu’il ait déformé la pensée de Marx et Engels dans un sens positiviste (un point de vue critiqué par Rosa Luxemburg, Lénine et Trotsky3).

En 2019, pour la première fois depuis 1918, des mobilisations massives – la grève féministe du 14 juin et la grève climatique – ont vu descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes. Seule la poursuite de ces mobilisations et leur traduction politique permettront un changement radical. Lequel ne passe pas par une future entrée des Verts au gouvernement fédéral…

Hans-Peter Renk


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