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Avril 2020
Un autre monde est nécessaire…
Auteur : Bernard Walter

À propos du coronavirus
Un autre monde est nécessaire

Le coronavirus est arrivé sur le monde comme un raz-de-marée.

Julien Perrot, créateur inspiré du journal «La Salamandre», le dit dans une récente interview: «Ma conviction, c’est que la fin du monde tel qu’on le connaît est proche». Il ne parlait pas là du coronavirus, mais de ce qu’il nomme «l’effondrement du climat».

Ce virus qui court maintenant partout, conjugué avec cette mutation climatique majeure, tout cela fait qu’un monde nouveau va se présenter à nous, qu’on le veuille ou non. Nous allons être forcés à changer de paradigme. Ce qui va dicter la marche du monde, ce ne sont plus les théories de l’économie, mais la réalité.

Ce qui frappe dans une telle crise, c’est qu’on ne sait rien. Rien sur la durée de ce qui nous arrive, rien sur son étendue dans le monde, rien encore sur la réponse que la médecine peut apporter. Les autorités politiques en sont réduites à procéder de manière empirique. Dans un tel contexte, la politique de terrain prime largement sur l’administratif.

C’est pourquoi je voudrais dans cet article parler de la conférence tenue par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) le mardi 17 mars. Les acteurs principaux de cette conférence de presse étaient les chefs de domaines spécifiques, plus proches donc des réalités du terrain que les conseillers fédéraux.

Ce sont Daniel Koch, chef de la division «Maladies transmissibles» de l'OFSP, le brigadier Raynald Droz, chef d’Etat-major à l’Armée suisse et Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, directrice du Secrétariat d’État à l’économie (SECO).

À la question d’un journaliste qui lui demande des chiffres sur la quantité de malades et de gens guéris, Daniel Koch répond: «On ne sait pas; on ne peut pas faire de projection. La caractéristique, ce n’est pas le nombre de gens contaminés, c’est pour l’instant la vitesse à laquelle ça augmente. Et ce qui importe alors, ce sont les comportements.» M. Koch précise, et c’est intéressant: «Il faut se comporter comme si on allait se faire contaminer par celui qui est en face, et comme si on allait le contaminer».

Il met en particulier l’accent sur l’extrême prudence qu’il faut observer dans les relations petits-enfants - grands-parents.

Et à propos des terrains de jeux pour enfants: «Il ne s’agit pas de fermer les terrains de jeux. Il faut que les comportements soient appropriés. Garder les distances, ne pas faire de bises. Les parents doivent rester lucides et attentifs.»

Sa conclusion: «J’en appelle avant tout à la responsabilité de chacun.»

«On ne sait pas.» Ceci se retrouve dans la réaction de Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, directrice du SECO, aux questions posées sur les difficulté des employeurs, le droit au chômage, les délais pour les poursuites, et ainsi de suite. Elle dit: «Tous n’ont pas besoin. (…) Il faut que les entreprises fassent les demandes de chômage partiel.» Cette non-réponse montre l’état de désarroi de l’administration fédérale face à cette situation nouvelle.

Et puis c’est le tour de Raynald Droz, chef d’État-major, qui commande l’action de l’armée dans cette phase critique du coronavirus. Comme ancien soldat de l’Armée suisse, avant de passer dans le camp des objecteurs de conscience, j’ai toujours ressenti la vie à l’armée et la vie civile comme deux mondes séparés par une paroi quasi étanche, deux mondes sans autre dénominateur commun que «Sur nos monts quand le soleil», d’autant plus fortement que l’armée était exclusivement un monde d’hommes.

Eh bien le coronavirus a changé les choses, et peut-être même de façon profonde.

Ce qui frappe dans le discours du brigadier Droz, c’est son souci constant d’harmonie entre civil et militaire: «Ce que nous voulons, c’est une parfaite adéquation entre le civil et le militaire pour la gestion de la crise.» «L’armée est bien organisée», dit-il. «Nous procédons à une mobilisation des troupes, la première depuis 1939. 8000 soldats seront appelés à la rescousse pour faire face à la crise. Seuls les médecins peuvent être dispensés. Les travailleurs en hôpital, eux, ils doivent faire leur service. Ils sont convoqués pour trois jours. Ils viennent pour former les jeunes de la troupe, et après, ils retournent au civil à leur travail.» Et là vient sa conclusion étonnante: «Au contraire de ce qui s’est toujours passé, ce sont cette fois les troupes de combat qui viennent en aide aux troupes sanitaires. Qui aurait pensé il y a peu encore une chose pareille? Nous vivons une époque vraiment particulière!»

La réponse à donner à ce redoutable coronavirus, c’est, en respectant les consignes bien sûr, de continuer à vivre. Mais comment? Une clé essentielle se trouve dans le mot: Solidarité, et c’est le sens de ma conclusion.

Dans ce moment critique que nous vivons, le terme «solidarité» a soudain remplacé la sacro-sainte «concurrence», dogme de la pratique ultralibérale.

Mais s’il est vrai que la solidarité se joue au quotidien entre proches, c’est aussi un devoir du gouvernement de mettre toutes les priorités de son action sur la solidarité. Et c’est aussi un devoir de ceux qui ont beaucoup d’argent de payer de leur personne et de leur poche pour contribuer à résoudre les problèmes de leurs concitoyens, en rendant un peu de ce qu’ils ont amassé grâce à notre système de société. Federer, lui, tel Ponce Pilate, il s’en lave les mains. «Plusieurs fois par jour» a-t-il répondu au conseiller fédéral Alain Berset.

Bernard Walter
(Texte écrit le 21 mars 2020)

PS – Le 26 mars, suivant l’exemple de Messi, Guardiola and co, Federer donne un million. Cinq longues journées pour lâcher le petit sou des multimillionnaires.

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