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Juin 2021
Peinture verte & petit livre rouge
Auteur : Marc Gabriel

La mode politique est au vert à tout prix. Les rouges, les bleus et les noirs, tous se teintent du plus vert des verts. Pour une raison qui m’échappe encore, le vert s’est emparé du monde occidental tant et si bien que même la droite libérale s’y est mise. L’extrême droite aussi d’ailleurs, (Hitler était végétarien et défenseur de la cause animale).

Comme chez nous, les élus verts de France et de Navarre proposent de multiples taxes pour réduire le plus vite possible nos empreintes toxiques sur la terre. Rien à redire, le Jardin d’Eden est pavé de bonnes intentions. Mais est-ce qu’une taxe a jamais diminué la pollution? La plupart du temps, une taxe ne fait que pénaliser les économiquement faibles pendant que les riches s’en moquent comme de colin-tampon. Il y a, semble-t-il une nuance à introduire entre les vrais écologistes qui n’utilisent pas la politique pour le pouvoir et les verts dont c’est apparemment la seule préoccupation.

Ça devient plus inquiétant quand certains élus verts accèdent aux responsabilités et se mettent à tailler dans les subventions à la culture en général et à la musique classique et à l’opéra en particulier. France Culture et d’autres médias français (source) se sont faits l’écho de ce qui se passe à Lyon et à Grenoble – entre autres. Au prétexte d’effacer André Malraux et Jack Lang des mémoires, coupables aux yeux de ces nouveaux stakhanovistes de la verte culture, «d’embourgeoiser la création culturelle».

À Grenoble le maire est surnommé le «khmer vert». Ça en dit long sur le «climat» politico-culturel qui y règne. Claquages de portes, démissions et nominations précipitées, burn out et postes non repourvus se succèdent et ne parviennent plus à dissimuler la violente bataille culturelle grenobloise.

À Lyon, selon Radio Classique, ce sont 500.000 euros qui se sont envolés. Victime: l’Opéra National de Lyon. Prétexte: (je cite in-extenso, parce que ça vaut son pesant de cacahuètes) «l’accompagnement de la création et de l’émergence» (source). Comme si la création et l’émergence ne sauraient naître dans l’art lyrique.

Reconnaissons qu’en Suisse les verts paraissent moins extrêmes. Pourtant, il semble bien que nous amorcions une révolution culturelle, ça ne vous rappelle pas quelque chose? Vous vous souvenez, là où règnent les ukases, les mots d’ordre comminatoires et la terreur révolutionnaire, là où l’on veut diriger les âmes et imposer les formes de culture. Je me demande si les citoyens qui ont voté vert s’attendaient à ce genre de conséquences.

Si chanter pollue, il faut nous le dire. Il est certain que de faibles émissions de gaz carbonique émanent du chant. Doit-on pour autant couper les crédits aux chorales? Jean-Sébastien et Amadeus qui ont une certaine expérience des modes qui se succèdent doivent en sourire… un peu jaune quand même. La re-peinture en vert du champ – c’est le cas de le dire – politique est sans doute exagérée et finira, comme toutes les modes, par passer. Il est cependant inquiétant que tant de cette couleur verte masque tant de diversités politiques. Qui sait, ne risque-t-on pas d’avoir d’ici peu un parti néo-nazi vert ou un Risorgimento stalinien vert?

J’ai des amis, voisins, qui font de la permaculture dans leur potager depuis très longtemps. Ils n’ont pas attendu les Verts et d’ailleurs ils ne votent pas vert. Je connais des agriculteurs qui se posent toutes sortes de questions sur l’emploi de produits phytosanitaires imposés et qui ont mal à leur conscience de paysan depuis des lustres. Pour autant ils ne votent pas vert et ne se prétendent pas verts. Nous avons tous lu ou entendu des scientifiques, ingénieurs, architectes et médecins, des biologistes et mêmes des astrophysiciens s’interroger depuis belle lurette sur les méfaits de notre aberrante consommation. Ils ne se prétendent pas verts pour autant. Il y a même des «économistes» chevronnés qui affirment que nous courrons vers le collapsus. Ils ont sans doute raison, mais ils ne sont pas verts pour autant.

Bref, les verts ont piqué toutes leurs idées à des gens, qui pour être des écologistes raisonnés, généreux et souvent visionnaires ne sont pas tous devenus des verts étroits et castrateurs. Certes, le monde n’irait pas mieux sans les verts, mais va-t-il mieux avec? Avant de tomber dans un piège, entre petit livre rouge, chemises brunes, casquettes noires et peinture verte, je me dis qu’il doit sans doute y avoir une voie plus sage… En pensant au fameux sketch de notre cher Bourvil, je clame haut et fort, l’écologie: oui! les verts: non!

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