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Avril 2020
Médias et journalisme en 2020
Auteur : Myriam Drandic-Longet

La presse écrite perd du terrain et à terme disparaîtra si on ne la soutient pas. Le seul journal qui n’est pas déficitaire actuellement, à force de publicités et d’articles à valeur minimale est le 20Minutes: 400.000 lecteurs en Suisse romande.

On voit la tendance de repli de l’écrit dans la diminution des recettes publicitaires, car le journal est moins attractif, le lectorat diminuant sans cesse. Ce manque de moyens amène les rédactions vers une spirale descendante de la qualité et du soin donné aux informations. On constate en parallèle que les nouveaux journalistes sont plus souvent très spécialisés dans un domaine ou un autre. Ce ne sont plus des humanistes, des lettrés; il n’est pas dans l’air du temps de développer une réflexion globale, de réfléchir tout court. On ne pense plus qu’à vendre une information, quelle qu’elle soit. Malheureusement, la rédaction d’un journal à grand tirage doit s’adapter à la demande du public; le contraire serait tellement plus bénéfique à la société.

Des journaux lus sur l’écran

Ces grands journaux sont lus dorénavant sur l’écran de l’ordinateur, ils sont plus souvent des passeurs d’informations à l’état brut, des «news» sur réseaux sociaux et les rédactions se vident de nombreux journalistes; c’est leur seul moyen de survivre désormais. Mais encore là, le public non averti ne s’y retrouve pas sur son petit écran. Il ne lira que les titres accrocheurs et le reste ne sera pas ouvert à la lecture, encore moins que d’ouvrir une nouvelle page du journal au café. Même dans la presse écrite, pour continuer à exister, la rédaction d’un grand hebdomadaire doit contre son gré répondre à la demande de titres accrocheurs et de textes minimalistes.

Cette tendance est soutenue par l’ultralibéralisme politique et économique des années 2000 qui instille la pensée unique permettant à son système de durer. Rien de mieux pour les mentors populistes actuels (Trump, UDC, etc.) que le nivellement du public par le bas. Les lecteurs sont nourris de sensationnel qui amène le journaliste à travailler dans la superficialité, donc sans contrôle de qualité, à grande vitesse, quitte à ce que des fausses informations circulent («fake news»). On est dans un phénomène de suivisme aveugle. Quant au journaliste, pour avoir un emploi, il met la déontologie de son métier dans la poubelle de ses ambitions perdues.

Nous croulons sous les informations les plus folles qui nous éclaboussent en pleine figure à longueur de journée. Avec le temps, les lecteurs se sont habitués à recevoir chaque jour un lot d’informations nouvelles les plus surprenantes possibles. C’est presque le chemin d’une addiction de se lover avec paresse dans cette surenchère du tape-à-l’œil. Provenant du monde entier, les nouvelles sont éparpillées sans hiérarchie, ni lien ni suite logique. La distraction constante des gens par un tout-venant de grossièretés coupe le lien à la réalité quotidienne, coupe l’envie de s’informer autrement. Dans tout ce fouillis, le mystère reste entier sur le phénomène de l’oubli de sujets graves au centre de l’intérêt du monde un moment, pour passer à d’autres.

Une vision globale n’existe plus; constat dangereux pour nos sociétés démocratiques. Sans analyses de fond, en restant sur des «flash news», les lecteurs ne se sentent plus concernés, ils restent dans le superficiel et se laissent influencer par les médias douteux. Ainsi, chacun crée sa propre actualité de la marche du monde en puisant principalement dans les réseaux sociaux sans recherche de véracité. Un public prêt à tout gober n’est pas celui qui lit les articles de fond, les commentaires de la rédaction, les revues d’idées.

Je regrette que les médias ne cherchent pas le moyen d’attirer le grand public par une vulgarisation intelligente et pédagogique des sujets traités. Cet état de fait a coupé le citoyen lambda de la chose publique, de la politique tout court. La politisation des journaux tend à s’effacer. Les partis politiques qui soutiennent l’empathie, la réflexion, l’entraide et une société plus égalitaire prêchent plus souvent les convertis que le public en général, où ne sont pas écoutés, tout simplement. Ceci est d’autant plus illogique que ce type de parti politique œuvre pour le bien des gens qui eux, malheureusement, préfèrent hurler avec les loups… du déjà vu dans les années 30. Le fascisme renaît de ses cendres; la presse à sensation y contribue.

Où trouver les sources fiables d’informations?

Ce manque d’intérêt général pour une information de qualité est aussi dû à la complexité des bonnes sources de lecture: par leur haute valeur même, elles sont d’un accès difficile, peu attrayantes à l’oeil et chronophages. Là encore, il y a de la place pour créer une source de transmission intelligente, humaniste, mais surtout intelligible par tout un chacun.

Exemples de bonnes sources d’information:

Wikipédia (en Suisse une entité presque bénévole contrôle la qualité des données), Le Monde diplomatique, Le Figaro, Médiapart (enquêtes de haut niveau, contrôle suisse, journalisme sérieux), Huffington Post (légèrement moins approfondi), AFP, ATS pour l’actualité fédérale, Public Eye, pour ne citer que les plus importants.

En exemple, voici d’autres journaux: Le Courrier, l’essor, Moins!, l’1dex, revue de la FRC. Également les blogs sur le site de la Tribune de Genève, sur Twitter, mais de personnalités intègres et intéressantes, du journal Le Temps. Du côté des médias, des podcast d’interviews de la Radio romande, les chaînes TV Arte, M6, F5, RTS notamment, sont de bonnes sources de récolte d’informations de qualité, selon les émissions proposées. On peut s’y forger une bonne opinion même si tous les avis ne sont pas nécessairement à notre goût.

La presse écrite locale a encore de l’avenir

C’est la seule source d’informations qui permet aux habitants d’une région ou d’une ville, même d’un quartier, de se tenir au courant des événements qui les concernent. On suscite ainsi le sentiment de faire partie d’une communauté locale. De ce fait, il n’y a pas besoin de vendre du sensationnel pour être lu. Cela garantit une certaine qualité des articles publiés.

Myriam Drandic-Longet

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