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Avril 2020
L’hubris, fléau d’actualité
Auteur : Edith Samba

On peut dire sans grand risque de se tromper que la douloureuse crise mondiale qui tombe sur la tête de la planète actuellement, avec son corona de service, était largement prévisible. Bien des scientifiques nous ont avertis, entre forêts tropicales éventrées et glaciers fondant à grande vitesse, que nous allions voir débarquer nombre de bactéries et virus encore inconnus. On serait presque tenté de penser que l’exercice actuel n’est que l’avant-garde de plaisanteries futures qui, si j’ose dire, nous pendent au nez et une mise à l’épreuve des plans nationaux de prévention et protection de la population. C’est un terrain d’observation extraordinaire qui révèle au grand jour les multiples incohérences de nos systèmes de prévention. Pour l’anecdote, l’autre jour, à la pharmacie du quartier, un panneau sur le comptoir annonçait doctement les consignes de sécurité que tout le monde connaît maintenant: plus de 2 mètres de distance, masque et désinfectant. Nous étions, avec la pharmacienne, à moins d’un mètre, et rupture de stock sur les autres points. Félicitations pour l’anticipation des plans à tous les étages.

Aussi, pour tenter de remonter au fondement de ce délire, on se devrait de tenir compte des avertissements largement répétés depuis la Grèce antique, avec ses tragédies, ou pourquoi pas, les textes sacrés. Pour prendre enfin en compte que l’hubris, cette tendance humaine si pathétique, de retomber en permanence dans les travers de l’arrogance, l’abus d’autorité, la prétention sans limites, le mépris et le mensonge, la démesure en toutes choses, talonne tout un chacun depuis la nuit des temps. Que ce soit sur le plan individuel ou collectif, notre culte et notre fascination pour l’invulnérabilité, la toute-puissance, l’obsession de notre propre image, projette une pléthore d’exemples partout. L’entier du système s’est lancé dans la démesure, l’esprit de compétition devenant le carburant, la source d’énergie générale. L’égotisme qui en découle anime les réseaux sociaux, la politique, l’économie, les jeux-casinos, les profits gargantuesques amassés par quelques-uns, les calculs mercantiles sur le dos de la faune, de la flore et des plus petits que soi en sont la conséquence. Le mépris et la haine qui en découlent se répandent comme notre virus du jour, contre tout bouc émissaire trouvé sous la main pour mieux éviter de réfléchir aux sources de ce capharnaüm.

On pourrait espérer que nous puissions en tirer des leçons: face à notre perte de sens des réalités, nous pourrions calmer notre ardeur consommatoire, relocaliser bon nombre de productions, accueillir les malheureux, décroître sur un mode volontaire, plutôt que forcé comme aujourd’hui, bien d’autres choses encore, mais le pourra-t-on? Le confort acquis avec l’oppression en corollaire, n’est pas facile à lâcher, les habitudes ont été prises, s’en défaire ne sera pas tarte… Nous avons toujours la résilience, le bon sens, l’humilité, l’amour du prochain comme premiers outils de travail sous la main; puissions-nous chacun et tous ceux qui décident pour les autres en user, nous ne serons pas de trop…

Edith Samba

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