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Centième anniversaire 2005    [14] °
Armée cherche désespérément aison d’être
Auteur : Hervé Gullotti (édito de septembre 2004)

Cette année aura décidemment été celle des petites phrases de nos conseillers fédéraux. Après les rêveries du promeneur Couchepin sur l’île Saint-Pierre et ses propositions de retraire à soixante-sept ans, voici que Samuel Schmid, si discret d’habitude, a suggéré au détour d’un discours de réfléchir à l’éventualité de l’abandon de l’obligation de servir l’armée pour les jeunes gens. Provocation ou réalisme? Outre une éventuelle pirouette pour faire diversion face aux critiques qui pleuvent actuellement sur notre ministre de la guerre et sur son département, il semble que les propos du patron du DDPS illustrent le désarroi dans lequel se trouvent nos pontes militaires depuis la fin de la Guerre froide, il y a plus d’une dizaine d’années.

Quel est donc aujourd’hui notre ennemi? Après avoir durant des décennies pourfendu le Russe, voilà que, depuis la chute de l’Union soviétique et des régimes «frères» en Europe de l’est, la Suisse se cherche désespérément un «méchant» (comme dirait Bush) pour occuper ses troupes. Faute de mieux, les missions de notre sacro-sainte institution ont été revues et corrigées pour être centrées sur des tâches davantage civiles (aide en cas de catastrophe ou appoint au déficit d’effectifs de la police et de la douane). Mais sont-ce des solutions viables à terme?

Comme de nombreuses autres consoeurs en Europe, l’armée suisse, à défaut d’être abolie, est appelée à se professionnaliser. Inexorablement. Elle sera tout d’abord appelée à rejoindre des organisations militaires européennes, voire supra continentales, existantes ou en phase de création. On ne peut plus aujourd’hui imaginer notre petite armée suisse s’obstinant à défendre son carré d’herbe alors que le reste des forces armées unissent leurs efforts. La tendance est d’ailleurs déjà orientée dans le sens d’une ouverture vers l’extérieur. Voyez l’envoi de soldats suisses au Kosovo, en Afghanistan et en Bosnie, via l’OTAN.

D’autre part, l’obligation de servir, concept obsolète, ne répond plus à la demande des jeunes conscrits. Bien que la majorité des Helvètes mâles effectuent par fatalité ou résignation leur temps de service, nombre d’entre eux seraient prêts à s’engager pour d’autres types de tâches utiles à la société. Le service civil existe déjà, mais il n’est pas encore une alternative véritable au service militaire.

Les questions de coût reviennent souvent sur le tapis lorsque l’on parle de professionnaliser l’armée. Certes, l’abolition de l’institution permettrait à la Confédération d’économiser des milliards par année. Merz y avait-il pensé? Par contre, une armée suisse aux effectifs réduits, participant à des missions dans le cadre d’organisation supranationales, prête, en cas de besoin, à être épaulée par des armées voisines, reviendrait certainement moins cher que notre actuelle Armée XXI.

Quoi qu’on en dise, Samuel Schmid n’a pas brisé un tabou en posant la question de la fin de l’obligation de servir. Il s’est simplement dit tout haut ce que de plus en plus de personnes pensent tout bas…

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