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Avril 2024
Éditorial
Auteur : Nourrir l'humanité

La révolte de cet hiver des agriculteurs européens s’inscrit dans une longue histoire de révoltes paysannes mais semble cette fois un peu déconnectée de la base, avec ses quelques manifestants sur tracteurs et l’énorme remous médiatique qui en est résulté.

Les difficultés économiques des agriculteurs sont en apparence le facteur déclencheur, et les revendications exprimées sont diverses, allant de mesures contre la concurrence déloyale venue de pays plus laxistes en matière environnementale et sociale, d’un meilleur partage du gâteau avec l’industrie alimentaire et la grande distribution, à la suppression des mesures prévoyant de protéger la nature en milieu agricole ou celles qui visent à réduire les gaz à effets de serre.

Pourtant, le loup et l’écolo y sont plus volontiers pris pour cible que le libéralisme économique et le grand casino boursier qui fixe le prix du lait et celui des céréales.

Toute la production d’aliments sur la planète dépend des plantes, car elles sont seules à pouvoir capter et stocker l’énergie du soleil. Les animaux, dont nous faisons partie, sont des décomposeurs de matière organique. Ils puisent directement ou indirectement dans les végétaux la matière organique, les minéraux et l’énergie nécessaire à leur existence. Sans végétaux, pas d’animaux !

Produire la nourriture dont nous avons besoin pour nourrir l’humanité se fait donc forcément par la culture des végétaux sur des sols. C’est évident pour nous, lecteurs de l’Essor, mais plus de la moitié des humains vit en ville et oublie notre lien existentiel avec la terre.

Nous avons détruit la forêt et la faune sauvage des continents pour faire la place aux cultures et aux élevages. La biomasse des animaux d’élevage est devenue 80 fois plus grande que celles des animaux sauvages survivants. Rien que les chiens de Suisse pèsent plus lourd que tous les mammifères sauvages du pays.

Se nourrir, donc, mais sans détruire la nature et ses sols productifs – ni nos frères humains – car les resources alimentaires doivent être suffisantes et partagées. Or, souvent le partage ne se fait pas et le pillage des pays pauvres est organisé; les habitants y travaillent en esclaves modernes pour assurer notre superflu. Et les liens sociaux construits traditionnellement autour de produire et manger, se défont.

Philippe Morier-Genoud
Rédacteur invité, pour ce numéro

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