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Juin 2020
Âges de la vie: solidarités et avenir
Auteur : Jean-Jacques Beljean

La crise induite par le nouveau coronavirus amènera-t-elle des changements dans notre société? Certains pensent qu’il faudra changer nos comportements si l’on entend subsister en tant qu’espèce. D’autres, plus pessimistes, penseront qu’au contraire la société essaiera de réatteindre, au plus vite, le statu quo ante, pour des raisons économiques ou par aveuglement. Aux niveaux suisse, européen et mondial les décisions des autorités, sous influence ou non, ouvriront ou fermeront l’avenir.

La crise du coronavirus a permis de révéler de nombreux fonctionnements souvent implicites et invisibles. De très grands mouvements de solidarité se sont manifestés, de la reconnaissance pour les soignants et les personnes au front de la crise à la solidarité intergénérationnelle ou financière, comme la collecte de la Chaîne du Bonheur le révèle.

Mais, en même temps, des clivages insoupçonnés se sont révélés. La psychologie, la mode, voire le système scolaire avaient créé l’adolescence, catégorie made in 20e s. et la crise a créé la notion de «vulnérables» parmi lesquels les personnes atteintes dans leur santé et les «vieux». Par sollicitude, on les a confinés. Louable sanitairement mais ambigu socialement.

Grâce à l’introduction de l’AVS et des caisses de pension, cette génération permet grandement au reste de la société de fonctionner, économiquement comme socialement, de la fréquentation des restaurants, des petites entreprises et des magasins (en ligne ou non) à la garde d’enfants. Tout le tissu associatif culturel, sportif, caritatif et ecclésial fonctionne en grande partie grâce au bénévolat des aînés. Le confinement aura fait prendre conscience de leur rôle dans la société, qui fonctionnerait mal sans eux. La crise a donc mis en évidence le lien fort qui unit jeunes et vieux par-dessus l’âge adulte. C’est une nouveauté dans notre histoire car, jusqu’au milieu du 19e s. les parents assuraient la transmission à leurs enfants plus que l’école. Les enfants devenaient ensuite rapidement des adultes par l’apprentissage et la courte durée de la vie. Actuellement les grands-parents ou les personnes âgées n’exercent pas de responsabilités fondamentales envers les enfants et les jeunes mais disposent d’expérience, de capacités d’écoute et d’empathie, ce qui crée des relations fructueuses presque exemptes de conflits. Quand j’étais aux affaire, je disais souvent que pour s’occuper des enfants ou des adolescents il ne fallait pas recourir à de jeunes adultes comme on le croyait facilement mais bien plus à des personnes d’âge mûr.

Le plus bel âge de l’amitié est la vieillesse.
– Proverbe français

Paradoxalement la crise a fait émerger des tensions entre adultes et âgés. Nombre de ces derniers ont été critiqués de sortir, de faire des balades ou du sport en plein air. Peut-être que ces attitudes agressives révèlent-elles la peur de vieillir et de mourir.

L’avenir nous le montrera mais l’on peut espérer qu’au lieu de cliver, la crise aura mis en évidence les interactions entre les différents âges de la vie et les complémentarités. Chacun et chacun, quel que soit son âge, a une valeur propre et intrinsèque, selon ma conviction d’êtres créés à l’image de Dieu, homme, femme, enfants, jeunes, adultes et seniors. Chacun a sa place, chacun est utile aux autres: les grands-parents gardant les enfants, les enfants donnant un sens à l’action des grands-parents, les jeunes voisins et voisines faisant des courses pour leurs aînés qui en reçoivent de l’expérience, le bébé qui gigote dans son berceau comme la personne âgé qui n’a plus que la force de penser aux siens ou de prier pour eux.

Bien sûr, les réalités vont très prochainement impacter les personnes et les institutions et bien des choses seront bouleversées, dans un sens ou dans un autre selon les décisions qui seront prises. Mais je pense que les clivages intergénérationnels ne s’aggraveront pas car la crise a mis en évidence les interdépendances de tout genre. Les différentes strates et couches de la société auront réalisé que l’interdépendance et le respect de chacun et chacune, quel que soit son état, est un facteur essentiel à la perpétuation de la société.

Espérons que politiquement et socialement cette prise de conscience aura des effets bénéfiques pour l’avenir de notre société qui reste en fort danger à cause de la crise climatique et à cause de déséquilibres économiques et sociaux nocifs s’ils ne sont pas corrigés. Une société désunie aura de la peine à affronter des situations combien plus dangereuses que la crise du coronavirus.

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