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Décembre 2021
Journalistes ou agents ?
Auteur : Christian Campiche

La crise sanitaire actuelle a ceci de particulier et d’effrayant qu’elle n’est pas comparable aux scénarios belliqueux classiques. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un clan ne désigne pas un autre clan comme son ennemi. Cette fois le péril est commun à toutes les communautés, sans distinction de nationalité. Les gouvernements agissent comme s’ils obéissaient à un démiurge – l’OMS, les pharmas? – ayant une compétence médicale absolue. À cette échelle, l’infaillibilité des scientifiques constitue du jamais vu. Elle exige l’adhésion totale aux thèses du super Dr. Knock. Au prix de la renonciation à la liberté de la presse.

Une rigole qu’en fait des chefs d’État n’hésitent pas à franchir. «Nous sommes en guerre!» a balancé Emmanuel Macron au tout début de la crise sanitaire. Le président français connaît pertinemment le poids de mots. L’état de guerre permet les lois d’exception, la mobilisation des troupes et des unités de soins. Il aboutit également à intervenir dans le domaine de l’information. Ce n’est un mystère pour personne que Macron entretient des relations difficiles avec les médias. Trois ans plus tôt, l’un de ses premiers gestes à l’Elysée n’avait-il pas été de supprimer la salle de presse? En résulta une sorte de hiérarchisation des journalistes, les «gentils» et les «méchants».

Une ségrégation qui n’est pas nouvelle en soi. Au Forum économique de Davos, où s’échafaudent les grandes orientations néolibérales, on trie depuis longtemps les médias. Les «utiles»: CNN, les grandes chaînes de télévision ayant accès à tous les débats. La piétaille doit se contenter de participer à des points de presse minutés. L’audiovisuel monopolise également depuis longtemps les conférences de presse des grands groupes économiques. Aucune chance de parler au PDG, si l’on appartient à la presse écrite, sa Majesté s’éclipse une fois sa corvée accomplie. Le public ne retiendra que sa langue de bois face aux caméras.

L’histoire du journalisme vit au rythme des cycles. En période de prospérité et de paix, la liberté de la presse progresse. Les journalistes rivalisent dans la recherche des informations, leur fierté est de porter un regard critique sur l’exercice du pouvoir. La liberté de la presse reflue quand les relations internationales se crispent. Au point que ce carburant de la démocratie – la transparence de l’information – se voit alors remis en question. Censure et manipulations régnaient en maître pendant les deux guerres mondiales. Elles réapparaissent aujourd’hui.

Deux cas de figure récents illustrent ce basculement. Celui de la guerre d’Irak qui a vu les journalistes américains pratiquer l’autocensure pour éviter d’être taxés de traîtres. Et le cas de la Covid 19, beaucoup plus subtil et autrement plus inquiétant. Parce que celui que l’on qualifie d’ennemi est invisible, nul ne sait d’où il vient ni quel est son degré réel de menace. Parce que des journalistes, nonobstant les consignes déontologiques, renoncent à leur indépendance pour influencer le cours des événements comme s’ils étaient des agents de l’État, ils délaissent leur position traditionnelle de cible idéologique pour se travestir en persécuteurs, les rôles sont inversés. Last but not least, parce que nul ne peut prédire quand prendra fin l’état d’exception.

(Article paru dans InfoMéduse
(infomeduse.ch)

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