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Octobre 2020
Incivilités, écologie et… démocratie
Auteur : M.G.

Le comportement des foules manifestant pour la sauvegarde du climat est souvent émaillé d’actes qualifiés d’incivilités. Il est vrai que se coucher sur un pont, une gentille incivilité, empêche les automobiles de circuler normalement. C’est même le but poursuivi et revendiqué. Les choses sérieuses arrivent avec les casseurs qui perturbent ces manifestations – une plaie qu’il faut combattre avec la plus grande énergie. D’ailleurs ces casseurs ne demandent pas autre chose, ils rêvent d’en découdre violemment avec la force publique. Tout cela est grave, mais ce n’est pas le pire.

Ce qui suscite ou devrait susciter l’indignation est la conduite inqualifiable du gouvernement des États-Unis en général et de Monsieur Elon Musk en particulier. Le bonhomme sait pourtant se faire apprécier. Il pratique l’écologie en fourguant aux riches de la planète des automobiles entièrement électriques à des prix inaccessibles à la plupart. Depuis peu, il a ajouté la conquête spatiale en promettant et en fournissant au monde, éperdu d’admiration imbécile, des véhicules spatiaux commerciaux.

L’espace est commun à toute l’humanité

On a même entendu qu’il allait démocratiser l’espace. Ne rêvez pas, il faudra avoir un portefeuille très bien garni pour accéder au tourisme cosmique. En dessous de multimillionnaire, vous n’êtes pas concernés. Mais, objecterez-vous, c’est déjà le cas, les voyages spatiaux sont réservés aux milliardaires. C’est vrai, mais jusqu’ici, l’argent allait aux différentes agences spatiales publiques et contribuait à la recherche scientifique, et hélas, il faut le dire aussi, à des joujoux militaires tout à fait inutiles. Les fusées de Monsieur Musk, elles, ne rapporteront qu’à une agence privée, la sienne, qui ne dépend d’aucun parlement et dont le seul effet se mesurera à la réaction boursicoteuse. Gardons sous un pudique silence le gâchis éco-carbonique que ces voyages spatiaux commerciaux occasionneront.

L’Espace est commun à toute l’humanité. Pourquoi donc confier à cet industriel ambitieux et avide la moindre portion de cet espace, déjà lourdement et dangereusement pollué par d’innombrables débris errants issus de satellites obsolètes? Le gaillard n’a pourtant pas hésité à mettre en orbite une voiture décapotable avec un mannequin au volant pour faire sa pub. Le cynisme n’a pas de limites. Je me demande quand même pourquoi de telles stupidités sont rapportées et parfois louées avec enthousiasme, par une partie de la sphère médiatique? C’est que les visions d’avenir sont en général bien vues et le patron de Tesla le sait mieux que personne. Mais à quel prix?

1967: Che Guevara, 2020: le lithium

La Bolivie n’en finit pas de retarder le moment des élections présidentielles – Covid-19 a bon dos – car le gouvernement intérimaire, jamais élu, ne fait qu’attendre d’une part, que les sondages lui deviennent favorables au détriment de la gauche qui est encore donnée favorite et d’autre part, d’avoir le temps de graver dans le marbre la commercialisation corrompue de ses richesses minières. Et dans corrompue, il y a pue! Le coup d’État de novembre 2019, prétextant une hypothétique fraude électorale, a permis de faire démissionner Evo Morales, avec l’autorisation spontanée de l’armée et de la police.

Mais que vient faire Elon Musk dans ce capharnaüm? Eh bien, pour équiper ses voitures électriques, Monsieur teuf-teuf-tesla, (de quel droit a-t-il usurpé le nom de Nikola Tesla, ce génial inventeur et ingénieur serbe devenu américain?) suit avec la plus grande attention l’évolution politique en Bolivie, pour une raison évidente: les gisements et les réserves boliviennes de lithium. Et quand l’occasion de transformer quoi que ce soit, où que ce soit, en juteux dollars se présente, on sait bien que nos amis Américains n’ont guère de scrupules. Teuf-teuf-tesla qui, il faut le rappeler, a été conseiller économique de Donald Trump, s’est fâché tout rouge sur les réseaux sociaux quand un internaute rappelait, avec raison, la participation évidente de Washington dans le renversement d’Evo Morales en avouant: Nous renversons qui nous voulons! Faites-vous à l’idée. Eh bien non Monsieur! Nous ne nous ferons pas à l’idée! La Bolivie ne vous appartient pas, même si vous l’achetez par coup d’État interposé.

L’honorabilité n’est que la réussite sociale de l’hypocrisie.
– Hervé Bazin

Notre propre Conseil fédéral ne se préoccupe de la démocratie que lorsqu’il s’agit de participer avec détermination, en trottinant derrière Pompeo, aux sanctions envers le Venezuela, l’Iran ou Cuba. Muet, notre gouvernement n’a même pas pris la peine, ne serait-ce que de commenter l’avènement d’un gouvernement non élu en Bolivie. Je dois être bien naïf car je croyais que nous étions neutres. Décidément, notre ministre des Affaires étrangères a une bien curieuse conception de la démocratie qui l’a pourtant élu en l’appelant à la servir. Ce qu’il a promis, mais les promesses… sont à la nation ce que les pattes de mouches sont à un contrat léonin.

Il faut dire qu’Evo Morales prévoyait de vendre au juste prix les richesses naturelles de son pays… Ceci explique cela. Curieusement, les premières mesures prises par l’État plurinational de Bolivie ont mis un terme aux projets d’industrialisation des mines de lithium.

Boycottons les produits américains en général et les automobiles Tesla en particulier, et ce jusqu’à ce que soit rétablie, dans l’ordre et la paix, la démocratie en Bolivie.

D’autre part je réitère ma demande au gouvernement suisse, pour qu’il respecte enfin notre neutralité et cesse de courir derrière les trumperies indignes de notre pays.

M.G.

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