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Juin 2019    [3]
L’effondrement ?
Auteur : Pierre Aguet

Merci à la jeunesse de se mobiliser. À quoi sert d’étudier s’il n’y a pas d’avenir ? C’est simplement du bon sens.

Les spécialistes du GIEC sont payés par des gouvernements qui ne sont capables que de désigner des commissions, mais pas de prendre des décisions. Notre Conseil fédéral vient de confirmer, dans son dernier rapport, que notre consommation trop élevée et les pertes de biodiversité menacent les bases de notre existence.

Nous sommes déjà entrés dans ce que d’aucuns appellent la dynamique de l’effondrement. Les manifestations physiques, morales et politiques sont désormais tangibles. « Les autres qu’humains », animaux et végétaux, disparaissent. Une véritable hécatombe. Pas seulement les baleines et les rhinocéros, mais aussi les insectes et les oiseaux. Les « collapsniks ou collapsologues » parlent de l’Anthropocène, soit de la transformation du monde par l’effet de la folie des hommes. Elle est largement niée par le plus grand nombre qui, s’il admet des problèmes nouveaux, propose des solutions à l’envers : il n’y aurait pas assez de croissance, de salaire, d’emploi, de développement, etc. Une fuite en avant caractérisée.

Bruno Latour affirme : soit nous nions cette réalité, soit nous cherchons à atterrir. C’est désormais ce qui nous divise. Ce n’est plus de savoir si nous sommes de gauche ou de droite. J’ajoute tout de même que pour l’instant, c’est la gauche qui est la plus sensible à cette nouvelle donne et la combat.

Sur les murs de la fac de Nanterre en 2010, il y avait cette phrase : Une autre fin du monde est possible. Tous ceux qui étudient le prochain « effondrement » s’efforcent de proposer de nouveaux comportements aptes à vivre ou à survivre à cette prochaine fin du monde le plus intelligemment possible. Que proposent-ils ? Établir très vite des relations enfin respectueuses avec tout ce qui est « autre qu’humain », tourner le dos à cette civilisation « thermo-industrielle », réconcilier les survivalistes qui construisent des Bases Autonomes Durables, les transitionneurs qui misent sur des éco-villages, les zadistes qui créent des zones de défense ainsi que les adeptes de « Mycélium », soit ceux qui veulent renforcer les liens entre les personnes et entre les organisations. L’importance de créer des réseaux pour s’entraider pendant ou après l’effondrement est indispensable puisque, ensemble, on peut presque tout et que seuls nous serons vite perdus. La réconciliation homme-femme fait aussi partie des propositions car, malgré les avancées obtenues vers la fin du 20ème siècle, cette réconciliation n’est pas encore atteinte.

Il faudrait sortir de ce que Bill Plottkin appelle la patho-adolescence, celle qui nous empêche de regarder l’effondrement prochain bien en face, cette pathologie qui crée une insécurité sociale invalidante, une estime de soi très faible, un certain narcissisme, une cupidité implacable, une violence physique récurrente, etc. Ce thème est essentiel si l’on pense à toute cette jeunesse qui aura à affronter…l’effondrement. Pour mieux l’aborder, je vous recommande la lecture du livre qui reprend le slogan rappelé plus haut : Une autre fin du monde est possible, de Servigne, Stevens et Chapelle, aux Éditions du Seuil.

Pierre Aguet
Vevey

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