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Avril 2019    [59]
Le monde se meurt
Auteur : François Iselin

Comme dit Pascal, «chacun sait qu'il doit mourir, mais personne ne le croit». «Notre monde a été prévenu qu'il doit mourir, mais il ne le croit pas.» (Jacques Blamont, astrophysicien, Introduction au siècle des menaces, Odile Jacob, 1er mai 2014). Les citations de cet article sont tirées de cet ouvrage.

À quoi faut-il croire?

Chacun de nous songe à sa propre mort et celle de ses proches. Mais qui se soucie vraiment de la disparition probable de tous ses semblables? Ayant vécu deux mille ans, on croit l'humanité immortelle. Pourtant, l’humanité a tant usé et abusé de la terre, qu'épuisée, celle-ci ne pourra la supporter plus longtemps. Débarrassée de son espèce la plus invasive, la terre continuera de tourner, mais sans ses précieux habitants. Si un dieu créa cette Terre, il est probable qu'il ne veuille pas récidiver. Plutôt envoyer l'humanité punissable dans son Enfer, qui lui, sera épargné!

L'humanité est menacée, mais ce ne sont plus seulement quelques peuples, qui arrachés à leurs terres hostiles viennent mourir en mer ou buter contre les citadelles des puissants. Ce ne sera pas non plus ceux et celles que les guerres ensevelissent sous leurs bombes. C'est l'humanité tout entière que guette maintenant la mort. Alors que l'espérance de vie humaine a augmenté sur la terre, la sienne a été réduite comme peau de chagrin!

Au cours de sa longue histoire, l'humanité a déjà failli être engloutie par une catastrophe climatique, le Déluge. Mais un certain Noé, ancêtre de l'humanité, pu alors la sauver, ainsi que d'autres espèces amies de l'homme. Et puis il semblerait que les Dix Plaies d'Egypte présageaient celles qui nous menacent actuellement. Elles n'étaient certes pas dues à nos émissions de gaz carbonique, mais à celles émises par des irruptions volcaniques.

Fuir, mais où aller?

Quoi qu'inventent les auteurs de science-fiction, la fuite est impossible. Aucune planète du système solaire ne peut offrir l'hospitalité: nous n'avons que la nôtre.

La fuite dans les drogues mystiques ou dormitives ne nous sont plus d'aucun secours. A quoi sert-il encore d'implorer les cieux qu'ils nous accordent un sursis passager, puisque nous vivons désormais dans un monde fini? Les grandes civilisations d'antan ayant été anéanties par l'Occident, nous n'y trouverions aucun refuge. Quant aux terres en friches où nos pères immigrés débarquaient, elles ont toutes été spoliées, confisquées ou saccagées. Et puis aucune autre planète n'est à même de nous accueillir dans la fuite. N'en déplaise aux colporteurs d'illusions: le monde est bien fini et sa fuite sans issue.

Pourquoi ce déclin ?

«Le progrès toujours accéléré de la technologie et les changements dans les modes de vie donnent à penser que nous nous approchons d'une singularité essentielle dans l'histoire de l'espèce, au-delà de laquelle les affaires humaines telles que nous les connaissons ne pourront pas continuer» (John von Neumann, mathématicien et physicien, cité par Blamont).

Cette «singularité» est une anomalie irréversible suite à laquelle plus rien n'est pareil à ce qui fut. L'humanité aurait alors atteint un point de non-retour. Espérer? Certes, nous espérons tous nous en sortir, mais, à ce jour, rien n'a été consenti pour subsister un demi-siècle de plus. La raison? La «boulimie» consumériste que nous n'avons pas su restreindre à temps. Mais comment la réfréner encore? Il aurait fallu que la majorité neutralise, par la force au besoin, la petite minorité de nantis qui lui a infligé son système économique de consommation destructive, la rendant ainsi complice et otage. Cette saine révolte-là, nous n'avons pu l'assumer tant les possédants ont amassé de fortune, de pouvoir et d'arrogance pour la museler.

Le problème principal est la boulimie dévastatrice que propose le modèle occidental à l'humanité.

Nous avons aussi cédé aveuglément à l'illusion que les États et les institutions internationales à leur botte protégeraient exploités et démunis, mais ceux-ci ont été trompés par des rengaines de progrès, croissance et abondance. Ainsi, le monde d'en bas a troqué égoïstement la consommation des miettes tombées des usines contre la liberté de choisir ce dont il avait besoin: des biens de première nécessité, répartis entre tous et qui étant durables, n'affecteraient en rien les ressources naturelles communes dont ils sont issus.

Nous voilà donc piégés pour avoir élu et laissé faire les complices du capital, cette mafia de gouvernants avides du pouvoir que leur donnent aveuglément nos suffrages.

Science inconsciente?

La seconde moitié du XXe siècle a démontré la fausseté de l'idée que la science guérirait les maux de l'humanité… La science guérit des maux, mais en engendre d'autres que nous ne savons pas guérir, car les remèdes seraient alors politiques. Et ceux-là mêmes qui devraient les appliquer n'oseraient en prendre le risque.

On le constate, les Etats et institutions internationales sont de moins en moins à même de juguler leur désastre planétaire. Leurs bonnes intentions, conférences climatiques, protocoles, alarmes du GIEC se suivent et se ressemblent, sans aboutir, et le changement climatique avance au pas de charge, libre de la moindre entrave que les politiciens devraient lui opposer. C'est que secrètement, ces opportunistes ne veulent pas se priver du juteux marché capitaliste qui nous tient dans ses serres. C'est là le véritable effet de serre!

Qui donnera le coup de grâce?

L'Humanité est face à un Exit collectif, mais, le moment voulu, certains préféreront peut-être la lente et douloureuse agonie des guerres armées ou commerciales que les puissants s'acharnent à fomenter. Ce sont eux, les Trump, Bolsonaro, Netanyahou, Erdogan, Assad et tant d'autres à venir, qui sonneront l'hallali. Comme Hitler, ils ont bien réussi à se faire élire et aduler!

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