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Février 2019    [58]
Handicapé, est-ce le bon terme?
Auteur : Roger Cosandey

Dans les médias et dans la population, on évoque souvent «les handicapés», en amalgamant, par ignorance ou par commodité, des situations fort différentes. Ainsi, les autorités politiques proposent des aménagements censés répondre à des besoins globaux mais sans savoir pour quel genre de handicap les mesures prises pourraient apporter des améliorations. Un exemple concret: on a abaissé les trottoirs pour faciliter les déplacements des utilisateurs de fauteuils roulants sans imaginer que l'on privait ainsi de repères les déficients visuels. Ces dernières années, dans ce domaine, on est heureusement parvenu à des compromis acceptables grâce, en particulier, aux contacts plus fréquents entre associations défendant les intérêts des populations concernées.

Il est évidemment indispensable que les personnes atteintes d'une déficience défendent elles-mêmes leurs aspirations. Aujourd'hui, cependant, on a la désagréable impression que le militantisme n'est plus vraiment à l'ordre du jour. Les associations ont peine à recruter de nouveaux membres prêts à s'engager pour défendre leurs droits. On préfère trop souvent laisser les travailleurs sociaux faire le boulot. Et pourtant, qui de plus apte qu'une personne touchée par une déficience pour exprimer ses besoins.

Dans certains milieux, on souhaiterait que les revendications aillent toutes dans le même sens car on ne comprend pas toujours que chaque handicap possède ses propres spécificités. Un jour, une responsable politique d'une grande ville romande me disait: «Vous, les handicapés, mettez-vous d'abord d'accord entre vous et présentez ensuite vos besoins…» Cette remarque, qui ne voulait pas être désobligeante, faisait tout simplement fi de différences considérables entre des problèmes induits par des situations parfois incomparables. Ce que peuvent faire les associations faîtières qui représentent les personnes handicapées, c'est de suggérer des aménagements qui ne prétéritent personne.

L'homme bon ne regarde pas les particularités physiques mais sait discerner ces qualités profondes qui rendent les gens humains, et donc frères.
– Martin Luther King

Vu l'évolution technique galopante, des métiers qui étaient accessibles n'existent tout simplement plus, si bien que le nombre des rentes AI devrait normalement augmenter. Or, il diminue car les responsables politiques, ou du moins certains d'entre eux, estiment que chacun doit chercher à subvenir à ses besoins. Mais la législation ne prévoit rien pour faciliter l'insertion professionnelle de celles et de ceux qui s'adaptent plus difficilement à des circonstances changeantes. Depuis quelques semaines, on parle beaucoup des nouveaux trains qui ne répondent pas aux normes de la loi sur l'égalité des personnes handicapées. Cette loi est entrée en vigueur en 2004 et n'est toujours pas appliquée à satisfaction de ses promoteurs. Si, au moment de la conception d'un moyen de transport ou d'un bâtiment l'aspect intégratif était retenu, le coût de construction ne serait pas augmenté. C'est l'adaptation ultérieure qui est onéreuse.

Dans le langage courant, on recourt souvent à des termes lénifiants pour évoquer un individu atteint d'une déficience physique, sensorielle, mentale ou autre… On a peur des mots trop précis; un aveugle devient un malvoyant, un sourd se verra désigner comme malentendant, une personne ayant de la peine à se déplacer sera une personne à mobilité réduite, ou, pire encore, une PMR…

Pour conclure, j'admets volontiers que la situation s'est améliorée au cours des dernières décennies. La peur d'antan a fait place à plus de compréhension mais aussi à une certaine ignorance. Il faut évaluer une personne par rapport à ses potentialités et non en ne tenant compte que de ses déficiences. Une meilleure insertion dans la société sera ainsi assurée.

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