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Août 2018    [51]
Croissance infinie ou équilibre planétaire?
Auteur : Xavier Koeb

Ces jours on a pu lire que les industriels de la viande se diversifient, car ils sont à la recherche de croissance pour leurs entreprises. Le marché stagne, la concurrence est rude, mais le bénéfice est toujours présent. Alors ces industriels rachètent graduellement, sans que le public y prête beaucoup d'attention, des entreprises de cultivateurs de légumes et de préparateurs de jus de fruits. Paradoxal, mais quand il s'agit de marchés et de profits, tout est possible.

Comme il y a plusieurs années de cela, Nestlé rachetait les eaux minérales d'Henniez, puis Valser, puis Evian et encore bien d'autres. Toujours la diversification, donc la croissance. Nestlé est maintenant numéro 1 mondial de l'eau en bouteille. Pour autant les acquisitions ne ralentissent pas. Le cycle infernal ne s'arrête jamais. Récemment le mastodonte Bayer, anciennement IG Farben de sinistre mémoire, a racheté Monsanto bien connu pour son Roundup contenant des glyphosates. Non seulement ces sociétés se rachètent les unes les autres à la grande joie des actionnaires, mais elles contribuent à maintenir le déséquilibre entre pays pauvres et riches. Alors développement infini ou croissance zéro?

Au rythme actuel nous aurions besoin de cinq planètes pour vivre jusqu'en 2050. Il y a urgence à inverser la tendance. Et c'est possible! Tout d'abord il est évident que l'on consomme trop. Trop de gros véhicules, SUV, combis et autres 4/4 conçus pour traverser le désert et non la place St François. Trop d'électronique, smartphones, tablettes, écrans de toute sorte, indicateurs de performances, etc. etc. Est-ce indispensable de changer chaque année de TV, smartphone, chaussures de ski, etc.? Trop de gadgets de toutes sortes, la plupart à obsolescence programmée. Corollaire de cette frénésie de consommation, l'immense gâchis de matières premières et de «biens de consommation» que l'on ne répare même plus. Bien sûr, une partie de ces matériaux est recyclée. Ce qui n'empêche pas qu'il y aura bientôt davantage de plastiques que de poissons dans les océans.

Ensuite il devient indispensable de fabriquer des produits plus solides, plus simples à réparer. De les utiliser parcimonieusement. L'entretien et la maintenance doivent devenir prioritaires. En visite à Cuba, je constate que tout est récupéré, réparé, remis en état ou recyclé. C'est le seul pays au monde où des voitures des années 60 avec parfois plus d'un million de km au compteur roulent encore. Dès 22h l'éclairage des rues de La Havane diminue. Un marché «2e main» dans le quartier El Cerro propose tout ce qu'il faut pour réparer un WC, une cuisinière, une radio, un vélo, etc. Les Cubains sont en fait les champions de l'écologie.

Un autre pays a introduit le BNB – Bonheur National Brut. C'est le Bhoutan. Il repose sur quatre principes: bonne gouvernance, développement durable, préservation de l'environnement et préservation de la culture. Nous sommes loin de la société de consommation. Comme à Cuba les gens ne sont pas malheureux. Aucune famine. Soins médicaux et scolarité gratuits. Le problème vient de la convoitise des voisins géants, à savoir les USA et la Chine. Pour les richesses hydroélectriques au Bhoutan et l'agriculture à Cuba.

A 150 km des côtes américaines la propagande capitaliste et la désinformation pourraient contrer les efforts des Castro pour trouver une autre voie. Aucun panneau publicitaire vantant les mérites de Coca-cola ou McDonald. Corollaire: une regrettable limitation de la presse, radio et syndicats.

Pour finir, la boucle est bouclée et la politique avec son train de compromissions reprend le dessus. Les grandes banques et les grandes sociétés dites «too big to fail» dictent leurs exigences aux Etats. Les inutiles sommets G7 ou G8 en sont la démonstration.

La solution ne pourra venir que des citoyens eux-mêmes. En sacrifiant un peu de notre immense confort et en vivant plus sainement sans tout croire de la publicité envahissante. Si la consommation baisse, les entreprises devront trouver, non pas de nouveaux marchés, mais de nouvelles solutions: des produits plus sains, plus durables avec des prix plus en rapport avec la réalité. René Dumont publiait en 1962 déjà son brûlot «L'Afrique noire est mal partie». Alors que tous les espoirs dus à l'indépendance étaient permis, ce continent est toujours en «voie de développement». En revanche les sociétés transcontinentales Glencore, Trafigura et autres Vale engrangent des milliards de dollars de profit.

Grâce au maintien en place de dictateurs entièrement dévolus aux pays du G7, G8 ou même G20. Dès lors il ne faut pas s'étonner de devoir accueillir ces migrants qui n'ont vraiment plus rien à perdre. A nous, par nos actions déterminées, de faire changer les choses.

Xavier Koeb, Châtel-Saint-Denis
Architecte et député honoraire

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