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Juin 2018    [22]
Accueillir les réfugiés
Auteur : Alain Guillez

Par quel bout commencer ?

Contact direct avec des réfugiés traversant le désert du Niger et d’Algérie pour s’installer en Europe. C’était dans les années septante. J’avais 23 ans, j’étais animateur rural en Côte d’Ivoire pendant quatre ans et je m’attaquais aux causes de ces flux migratoires en formant et en sensibilisant pour la préservation des ressources naturelles. J’ai traversé deux fois le désert à l’époque pour voir ce que cela pouvait signifier pour ces gens.

Déforestation galopante, pillage des ressources par les pays riches à travers les sociétés multinationales et mise à mal de l’environnement. Population entière réduite à la précarité, contrainte de fuir et comme le disaient ces voyageurs: plutôt tout risquer que de mourir à petit feu! Voilà depuis plus de quarante ans que je continue d’arpenter le continent africain et toujours dans ce même registre.

Qu’en est-il en Suisse avec les réfugiés? Occupation de l’Eglise St. Paul à Fribourg en 2001 avec les sans-papiers. Nous avons été chassés par la police anti-émeute après plus d’un mois d’occupation et ce sur décision du conseil de paroisse. En passant, la charité chrétienne n’aura jamais été aussi opérationnelle à Fribourg.

Depuis lors la loi sur l’asile n’a fait que se durcir. Aujourd’hui l’estimation est d’environ 200.000 clandestins vivant en Suisse. Des admissions provisoires qui peuvent durer longtemps, voire plus de 25 ans. Ce statut confine les personnes à la précarité avec toutes sortes de problèmes que cela génère. Soit 90% ayant le permis F n’ont pas de travail. Parmi les détenteurs d’un permis B, 80% n’ont pas accès à l’emploi et vivent sous la menace d’un renvoi dans beaucoup de cas, car dépendant du service social. Tout ceci conduit souvent à d’interminables procédures pour éviter des drames humains.

La condamnation du racisme, la protection des minorités, l’assistance aux réfugiés, la mobilisation de la solidarité internationale envers les plus nécessiteux, ne sont que des applications cohérentes du principe de la citoyenneté mondiale.
– Jean-Paul II

Lois de contrainte et de dissuasion voulues par le peuple sous la houlette des partis conservateurs au pouvoir. Celui qui écrit ces lignes a été sanctionné pour délit de solidarité avec amende et jours de prison avec sursis et inscrit au casier judicaire comme criminel. Motif: aide et hébergement à sans-papiers. L’article 12 de la Constitution fédérale stipule que chaque citoyen et citoyenne suisse a le devoir de venir en aide à chaque personne en situation de détresse. Actuellement je suis engagé pour des personnes étrangères au statut précaire et durement exploitées dans des sociétés de nettoyage et mine de rien cela représente des millions de chiffres d’affaire. Le réservoir n’est pas près de se tarir.

Pour terminer, cette petite parenthèse. Mon épouse et moi-même, nous avons créé au nord-est du Kenya des petits jardins irrigués de 1979 à 1982. Nous étions dans une zone de guerre entre mitrailles et bombardements. Nous avons porté aide et assistance aussi bien aux Ethiopiens qu'aux Somaliens fuyant ces zones de conflit (guerre entre la Somalie et l'Ethiopie dans les années septante et huitante). D'où cette bienveillance et compassion nécessaires dont chaque être humain doit bénéficier pour se réhabiliter, face à l'épreuve, au dénuement. D'où cette sensibilité qui ne nous quitte jamais, quel que soit le prix à payer.

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