Logo Journal L'Essor
2018 2017 2016 2015 2014 2013 2012 2011
2010 2009 2008 2007 2006 et 100 ans d'archives !
Rechercher un seul mot dans les articles :
Article suivant Numéro suivant
Numéro précédent Article précédent   index de ce numéro

Juin 2018    [20]
L’Occident apporte la Vérité et la Paix au monde
Auteur : Bernard Walter

Nous, les pays civilisés occidentaux, sommes les meilleurs. Nous n’avons cessé de donner des leçons au monde et nous nous présentons comme ceux qui apportent au monde la paix et la démocratie.

Encore aujourd’hui, nous assistons à cette confrontation du bien et du mal, le mal étant incarné par l’Iran et la Corée du Nord qui ont l’audace de vouloir se doter de l’arme nucléaire. Et nos médias dominants répercutent ce point de vue officiel avec docilité, sans jamais donner le contexte global de toute cette question.

Les horreurs sont supportables tant qu'on se contente de baisser la tête, mais elles tuent quand on y réfléchit.
– Erich Maria Remarque

Depuis des années, on nous martèle des informations sur les négociations avec l’Iran et on nous fait voir le régime de la Corée du Nord comme le grand méchant. Tout d’un coup, on pourrait presque penser que D. Trump est quelqu’un de bien. Et qu’Israël ne détient aucune arme nucléaire.

Je vois d’ailleurs aux nouvelles du jour que B. Netanyahou mène une grande offensive contre l’Iran, accusant ce pays de mentir sur son programme nucléaire. Israël qui possède plusieurs centaines de bombes nucléaires prêtes à l’emploi et qui a emprisonné 18 années un de ses citoyens, Mordechai Vanunu, pour avoir dit la vérité sur cette situation! Et nos médias répercutent sans broncher les accusations de B. Netanyahou, même le quotidien Le Courrier, réputé intéressé par les vérités dans le monde.

«C’est avec raison que des pressions s’exercent sur la Corée du Nord pour qu’elle adhère au Traité de non prolifération et sur l’Iran en vue de réfréner ses ambitions nucléaires. Mais l’attention de nombreuses nations est également tournée vers les USA. Que les USA conservent un tel nombre d’armes nucléaires (4500 ogives!) montre bien qu’ils n’ont pas l’intention d’éliminer leur arsenal. Ce qui pose cette question troublante: pour quelle raison n’importe quel autre Etat devrait-il restreindre ses ambitions nucléaires?»

Quel antiaméricain primaire a bien pu écrire des choses pareilles? Ce texte date de 2005, il est tiré d’un article intitulé «Apocalypse soon» et son auteur n’est autre que le grand chef de guerre américain Robert McNamara, ancien secrétaire à la défense, puis président de la Banque mondiale. Et il ajoute: «Au risque de paraître simpliste et provocateur, je pense que la politique actuelle d’armement nucléaire des USA est immorale, illégale, militairement inutile et épouvantablement dangereuse.»

Cette année 2018, nous fêtons trois anniversaires.

100 ans: la fin de la guerre 14-18

Depuis des années, quand on parle de terrorisme, on veut parler bien sûr des fous criminels qui tuent des innocents dans nos pays démocratiques. Jamais ce mot de terrorisme n’est utilisé lorsqu’il s’agit de la guerre 14-18, où pourtant des centaines de milliers d’honnêtes gens ont été envoyés au front pour s’y faire massacrer. Sous la garde de détachements de police envoyés pour empêcher les soldats de fuir, en les exécutant au besoin. L’exercice d’une terreur d’Etat sans limite.

Aujourd’hui, on rend hommage à ceux qui sont «tombés pour la France». Il y en a dans tous les villages, de ces monuments en leur honneur. De même que l’on a honoré par l’élection à l’Académie française les maréchaux de France Joffre et Foch, grands partisans de l’«attaque à outrance» qui a fait des dizaines de milliers de victimes. Joffre et Foch morts dans leur lit à 78 ans.

Tout pouvoir abuse.
Le pouvoir absolu
abuse absolument.
– Slogan de Mai 68

Si l’on veut savoir ce qu’est la guerre des tranchées de 14-18, il suffit de lire le livre d’Erich Maria Remarque «À l’Ouest rien de nouveau». Remarque décrit l’indescriptible, les conditions de vie des hommes dans les tranchées, la violence des bombardements, les corps déchiquetés qui pendent aux arbres, la souffrance des blessés qui n’ont pas la chance de mourir tout de suite, la souffrance inouïe des chevaux, êtres sensibles qui ne comprennent rien à toute cette horreur, l’infinie tristesse du combattant en permission qui ne peut que se murer dans son silence, tellement ce qu’il vit est incommunicable.

Mais étonnamment, lors de ces commémorations, Remarque est bien oublié.

50 ans: mai 68

De ces trois anniversaires, mai 68 est celui qui a été depuis de nombreuses années systématiquement vilipendé. Que n’a-t-on pas dit de l’héritage désastreux de mai 68! Et pourtant, il n’a pas fait de morts.

Aujourd’hui, à l’heure exacte de l’anniversaire, on redevient dans nos médias plus raisonnable. On retrace les événements, mais en général avec retenue. Pourtant, une certaine fascination se fait voir, comme une espèce de nostalgie pour une époque qui a osé dire, même si c’était avec outrance. Et si tous ces soixante-huitards n’avaient pas quelque part eu raison? Peut-être qu’aujourd’hui, à nous qui sommes libres, mais peut-être moins que nous ne le pensons, un tel mouvement serait bénéfique?

15 ans: l’invasion de l’Irak par les USA et la Grande-Bretagne

La guerre a été courte. Elle a commencé le 20 mars 2003 par l’invasion unilatérale de l’Irak, et s’est terminée par une déclaration triomphale de George W. Bush le 1er mai 2003, date officielle de la fin de la guerre.

Dans un communiqué du 24 mars 2003, le porte-parole de la Maison-Blanche Ari Fleischer avait nommé cette guerre «Operation Iraqi Liberation», soit OIL, pétrole!!! Cette noire et involontaire ironie ne pouvait durer, et cette guerre s’est alors appelée «Operation Iraqi Freedom», OIF, Opération Liberté Irakienne!!!

Nous avons apporté la torture, les bombes à fragmentation, l’uranium appauvri, d’innombrables assassinats commis au hasard, la misère, la dégradation et la mort au peuple irakien, et on appelle ça apporter la liberté et la démocratie au Proche-Orient.
– Harold Pinter

Qu’il me soit permis ici de rappeler que l’essor, notre journal, avait publié en juin 2003 déjà un numéro intitulé: «Enquête en Suisse sur la morale d’une guerre d’un style nouveau.» Alors que nos médias observaient une espèce de neutralité prudente quant à cette guerre illégale, nous avions posé des questions à des instances du pays, et reçu des réponses circonstanciées de six journaux, de M. Ueli Maurer, alors président de l’UDC, des extraits du discours du président de la Confédération Pascal Couchepin aux Chambres le 20 mars 2003, ainsi qu’un dossier de déclarations de Kofi Annan envoyé par les services de l’ONU. Dans toutes ces réponses, il ne se trouve pas un seul argument de soutien à cette guerre.

Ce numéro de l’essor est un document qui garde aujourd’hui toute sa valeur. Aujourd’hui, nos médias n’insistent pas sur cet anniversaire très malvenu.

Espace réservé : Rédaction
© Journal L'Essor 1905-2017   |   Reproduction autorisée avec mention de la source et annonce à la Rédaction  |       Corrections ?