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Juin 2017 
Les réfugiés victimes de la haine
Auteur : François Iselin

(pastiche de Les animaux malades de la peste)

Un mal qui répand la terreur,
Mal que la haine, en sa fureur,
Inventa pour punir les damnés de la terre,
La haine (puisqu’il faut l’appeler par son nom),
Capable de noyer en mer une légion,
Faisait aux réfugiés la guerre.

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés:
On n’en voyait point d’occupés
A chercher le soutien d’une mourante vie:
Nul mets n’excitait leur envie;
Ni truands, ni patrons n’épiaient
La douce et l’innocente proie;
Les expatriés se fuyaient:
Plus d’amour; partant, plus de joie.

Le tyran tint conseil, et dit: Mes chers amis,
Je crois que le ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux:
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence
L’état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J’ai dévoré force migrants.
Que m’avaient-ils fait? Nulle offense,
Même il m’est arrivé quelquefois de manger
L’avoué.
Je me dévouerai donc, s’il le faut; mais je pense
Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi,
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le couard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien! manger bannis, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d’honneur;
Et quant au Juge, l’on peut dire
Qu’il était digne de tous maux,
Etant de ces gens-là qui sur les péquenauds
Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le couard; et flatteurs d’applaudir.
On n’osa trop approfondir.
De l’ONU, de l’UE, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses:
Tous les gens querelleurs, que l’UDC s’adjoint,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.

L’exclu vint à son tour, et dit: J’ai souvenance
Qu’en un pré de moines passant,
La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue;
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.

À ces mots, on cria haro sur le bobet.
Un fou, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable,
Manger l’herbe d’autrui! Quel crime abominable!
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait. On le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements des sots vous rendront blanc ou noir.

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