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Décembre 2016 
Je t’aime, c’est encore je
Auteur : Bernard Walter

Quand je t’aime, est-ce que j’aime moi, ou toi? Ou un autre… c’est-à-dire l’être dont je rêve? Et toi, toi qui m’aimes…! Il m’est plus simple, facile, heureux de l’entendre, ce «Je t’aime», que pour moi de le dire… et pourtant… ne dois-je pas, moi aussi, être ce personnage idéal que je ne suis peut-être pas tout à fait?

Question insondable.

C'est une infirmité d'être incapable d'aimer.
– Simone de Beauvoir

Les grands mythes, qu’est-ce qu’ils disent? Un breuvage magique, philtre d’amour, fait de Tristan le super traître. Romeo et Juliette: il fallait les faire mourir jeunes pour que ça marche… parce que l’Amour idéal et le Quotidien, on ne les voit pas faire bon ménage.

Et puis bien sûr, il y a Don Juan, personnage mystérieux et intriguant. Cet inextinguible amoureux, condamné au malheur car incapable d’aimer. Ce personnage, Mozart, lui-même un être débordant de passion et d’amour, l’a exprimé dans toute son ambiguïté. Il le dépeint comme un être fascinant, à l’évidence.

Dans l’opéra, Don Giovanni est acteur de trois couples. Avec Zerlina, la soubrette promise à Masetto, il joue sur un registre frivole. Donna Elvira, c’est la partenaire institutionnelle de Don Giovanni, délaissée et un peu ennuyeuse parce qu’il lui manque une certaine fierté, Elvira qui subit de sa part une constante humiliation. Le couple Don Giovanni-Donna Anna, c’est le couple royal. Tout dans la musique le dit. Pour Donna Anna, Ottavio qui lui est promis est un fiancé falot. A la fin de l’opéra, Ottavio formule sa demande en mariage. «On verra ça l’année prochaine», répond en substance Donna Anna.

Tout cela ne peut que mal se terminer pour Don Giovanni. Sa mort même pourtant reste un moment de passion. La conclusion de l’opéra nous refixe dans un monde où tout est rentré dans l’ordre, où une morale «normée» reprend ses droits. Mais finalement, Mozart a besoin d’un amour réconcilié, d’un couple exemplaire. C’est ce qu’il va exprimer à merveille dans La Flûte enchantée: Tamino et Pamina forment un couple de la rédemption.

Après un grand voyage dans le monde de nos passions les plus insondables, il nous faut bien retourner à un quotidien qui va nous assurer d’un lendemain sans remous.

Vivons avec ceux qu'on aime comme si c'était la dernière année, peut-être le dernier mois.
– Henri-Frédéric Amiel

Il reste que toujours nous balancerons entre passion et raison. Et finalement une certaine lucidité peut nous faire voir que chaque histoire d’amour nous renvoie à nous-mêmes, nous renvoie au «Connais-toi toi-même» de Socrate, chaque histoire d’amour nous place devant le mystère de la vie. Et puis il nous faut trouver la «Voie du milieu», celle qui permet de traverser le quotidien avec bonheur.

«Faisons léger», disait un ami que je connais bien.

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