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Décembre 2016 
Aimer dans notre monde actuel
Auteur : Christiane Betschen
«L’Amour est la plus universelle, la plus formidable, et la plus mystérieuse des énergies cosmiques. A la suite de tâtonnements séculaires, les institutions sociales l’ont extérieurement endigué et canalisé.» – Teilhard de Chardin, L’énergie humaine.

De la difficulté d’aimer… Aimer, c’est un grand mot, beaucoup employé, mais aussi beaucoup galvaudé. Rencontrée au hasard d’une lecture, cette pensée de Teilhard de Chardin m’a fortement interpellée.

Pour moi, aimer c’est tout d’abord s’ouvrir à l’autre, l’accepter dans un esprit de tolérance, reconnaître en lui (ou en elle) les points qui nous réunissent et ceux sur lesquels nous divergeons, sans esprit de jugement. De l’enrichissement commun qui en résulte se crée une harmonie, un climat de paix, conditions qui me semblent la base de la vie.

Ce qui est vrai dans la relation d’un individu à l’autre l’est aussi à l’échelle de groupes humains, qu’il s’agisse d‘un petit groupe ou d’une nation toute entière. Comme la vie serait belle sur notre planète s’il en allait ainsi! Une vie toute de respect des autres et de solidarité…

Actuellement, on est bien loin de cette situation idéale. Dans les pays dits «en paix», violences domestiques, harcèlements de toutes natures, à l’école, sur les lieux de travail, bagarres de quartiers, événements entraînant souvent la mort, font la une des médias. Et que dire des conflits internationaux qui tuent des populations entières ou les poussent à l’exil!

Comment en est-on arrivé là? De toutes les causes possibles, j’en retiendrais deux: l’instinct de propriété et l’esprit de compétition. Ces «déviations» étaient-elles toutes deux en germe chez l’homme primitif, elles qui vont maintenant jusqu’à l’exacerbation?

Aimer un être humain, c'est l'aimer tel qu'il est, jusque dans ses misères.
– François Mauriac

L’instinct de propriété ne devait guère être développé chez les premiers hommes, essentiellement mus par l’instinct de survie, et tant que les groupes humains se sont déplacés dans de grands espaces vierges. Au fur et à mesure que la terre s’est peuplée, les humains ont commencé à se sédentariser et à cultiver le sol. C’est dans ces temps lointains que la situation a dû changer. Peu à peu, les terres ont été accaparées par un ou plusieurs individus à l’intérieur du groupe ou, encore, par un autre groupe, lequel n’avait pas d’aussi bonnes conditions de vie. Ensuite, ceux qui possédaient le plus ont pris le pouvoir et la tendance ne s’est plus inversée, sauf quelques épisodes de révolutions. Aux empires et aux grands royaumes ont succédé les grandes sociétés financières, les multinationales ainsi que toutes les grosses fortunes privées qui gravitent dans ce monde-là! Il en est résulté une hiérarchie basée sur l’argent où la plupart des individus envient ceux qui ont un peu plus qu’eux, sentiment qui, souvent, leur fait oublier les moins favorisés et détruit la solidarité.

L’esprit de compétition me semble directement issu de cette hiérarchie de pouvoir. La compétitivité a peut-être été positive au départ – c’est la théorie de Darwin – les nouvelles recherches scientifiques ont révélé que toutes formes de vie se sont développées grâce à la solidarité du groupe, du récif corallien aux grands mammifères. Avec l’évolution de notre culture occidentale et sa volonté de dominer la planète, la compétitivité a été érigée en valeur essentielle. Bien que des formes d’écoles aient existé antérieurement, une institution telle que nous la connaissons aujourd’hui s’est développée avec l’industrialisation. Les enfants sont parqués pendant de nombreuses années, on leur apprend la soumission aux idées dominantes, le respect de l’Autorité, l’attachement au travail et à la productivité. Chaque élève doit atteindre individuellement un certain niveau de compétences, et il est récompensé s’il fait mieux que son voisin. On pourrait étendre ce constat à la pratique des sports où l’on est très loin actuellement de l’objectif «mens sana in corpore sano».

J’aimerais terminer ces lignes par une lueur d’espoir, celle que nous font entrevoir des groupes de jeunes un peu partout sur la planète. Le film Demain, des journaux tels que Moins en Suisse romande ou Archipel, l’organe du Forum civique européen lié à Longo Maï, sont leurs ambassadeurs.

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