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Décembre 2008
Yes, we can
Auteur : L’équipe rédactionnelle de l’Essor

La langue française est d’une telle richesse que l’Essor s’est toujours efforcé d’éviter les anglicismes ou les emprunts à la langue de Shakespeare. Aujourd’hui nous ferons cependant une exception pour faire nôtre le slogan que Barack Obama a martelé tout au long de sa campagne électorale: «Yes, we can». À eux seuls, ces trois mots traduisent la volonté du nouveau président des Etats-Unis de se projeter vers l’avenir et de faire changer les choses.

Martin Luther King disait: «J’ai fait un rêve». Quarante-cinq ans plus tard, Barack Obama manifeste sa détermination à le réaliser en proclamant: «Oui, nous le pouvons». Les Etats-Unis et le monde entier vivent à l’heure de l’espoir. Plus rien ne sera comme avant et il faut espérer que les huit années catastrophiques de l’administration Bush ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir.

Barack Obama prend la tête des Etats-Unis au moment où son pays est empêtré dans une guerre sans issue en Irak et où sa réputation est en chute libre. Par ailleurs, la crise bancaire provoquée par des individus sans scrupule pour qui l’argent passe avant l’homme a mis à mal toute l’économie, précipitant le monde dans une récession qui entraînera chômage et misère.

La tâche à laquelle est confronté Barack Obama s’apparente aux travaux d’Hercule. Malgré le vent d’optimisme que son élection a fait souffler, il ne faudra donc pas attendre des miracles à court terme. Mais on peut tout de même espérer que la nouvelle administration prendra des mesures efficaces, contraignantes si possible, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la justice (Guantanamo), de la préservation de la nature, tout en favorisant l’instauration d’une économie saine basée sur le travail. Point important: en politique étrangère, mettre au premier plan une remise en question fondamentale de la stratégie militaire dévastatrice du gouvernement Bush, en particulier en Irak et au Proche-Orient. Enfin, nous osons croire que la nouvelle équipe saura légiférer pour sortir du chaos monétaire actuel, conséquence de l’incurie des précédents gouvernements et de l’aveuglement mêlé d’avidité des «responsables» de la haute finance internationale.

Au moment où les dérives du système néocapitaliste font trembler les bases de notre civilisation, entraînant non seulement une crise économique, mais également une crise sociale, alimentaire, écologique et surtout morale, nous devons affirmer clairement qu’un autre monde est possible. Yes, we can!

Après la course effrénée au profit, après la priorité absolue de l’argent, nous devons retrouver le chemin de la raison. Cela implique que nous ne devons pas nous contenter de corriger les erreurs du système, mais de le transformer fondamentalement, voire de le changer. Le capitalisme financier s’est écroulé et ceux qui prédisaient son immortalité se sont lourdement trompés. C’est à nous de veiller que ceux qui ont perverti le système ne soient pas ceux qui seront chargés de remodeler le monde. Ce n’est pas une nouvelle économie de marché qu’il est urgent de construire, mais un nouvel humanisme.


A propos de l’éditorial

L’éditorial de l’Essor a été approuvé par tous les membres du comité rédactionnel. Cependant, Pierre Lehmann a souhaité formuler quelques remarques. Nous les publions volontiers.

Votre dernier alinéa est pertinent mais il ne me semble pas que M. Obama prenne le chemin de corriger les erreurs du système, ne parlons pas de le transformer fondamentalement. Il veut à tout prix relancer l’économie, ce qui semble aberrant. Il aurait fallu, me semble-t-il, profiter de l’occasion pour annoncer une décroissance économique et l’amener au niveau de fonctionnement nettement plus bas qu’avant la crise. Après tout, c’est l’économie qui détruit notre planète. Obama semble croire que si l’économie redémarre tout va s’arranger et de ce point de vue il ne diffère guère des points de vue de la droite la plus bornée. Il est d’ailleurs rejoint par Sarkozy et probablement par la plupart des chefs d’Etat, banquiers et autres adorateurs de l’argent. De relancer l’économie maintenant, c’est se moquer de la santé de la planète. J’aurais au moins espéré qu’on évoque une limite à la croissance. Mais rien.

Avec Obama on peut au moins espérer une surprise. Et je suis bien entendu heureux que les Américains l’aient préféré à McCain. Le fait qu’il soir noir est aussi très positif. C’est symboliquement très fort. « Oui, nous pouvons », mais pour aller où ?

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