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Centième anniversaire 2005    [8] °
Les anges
Auteur : Michèle Joz-Roland, (édito de décembre 1994)

Nos vies sont parsemées d’anges mais nos têtes sont si remplies de malheurs, de bonheurs, de pensées et de projets qu’elles font trop de bruit pour entendre passer les anges. Nos yeux sont trop ouverts à tout ce qui n’est pas très important pour reconnaître un ange lorsqu’il se glisse provisoirement sur notre route quotidienne.

Les anges sont nés dans la nuit des temps. Sont-ils des créatures de Dieu? Ce sont en tous cas des créations de l’Homme. Il en avait besoin sans doute. Il paraît qu’il y a de mauvais anges. Je ne les connais pas, donc je ne parlerai que des bons. J’en ai rencontré toute ma vie et j’en attends encore. Il y en aura jusqu’à ma mort. J’ai rencontré celui qui séchait mes larmes, celui qui m’aidait à déménager, celui qui m’apprenait à voir un Botticelli. Celui qui me soignait quand j’étais malade, celui qui me donnait de l’argent sans que je lui en demande, celui qui me prêtait un bon livre, celui qui me faisait cadeau de sa confiance ou de son admiration au moment où j’en avais besoin pour me réconcilier avec moi-même.

Je pourrais continuer la liste longtemps mais c’est inutile: vous avez deviné. Les anges, ce sont les amis! Il n’est pas nécessaire d’en avoir beaucoup à la fois, le trop est nuisible, c’est du gâchis d’anges mais si on est très attentif il y en a toujours un ou deux au bon moment.

Les anges n’ont pas de sexe, pas de couleur de peau, pas de taille ni de poids, pas de beauté ni de laideur. Ils peuvent être n’importe qui, un bébé qui sourit ou un grand vieillard devenu sage. Ils peuvent traverser notre vie ou y rester toujours. Ils sont désincarnés et sans cesse réincarnés. Ils ne demandent rien. Ils n’attendent rien. Ils n’exigent rien. On peut leur être fidèle ou infidèle, ils restent là ou s’envolent d’un coup d’ailes silencieuses. Ils ne vous reprochent rien. Ce sont de vrais amis.

Nous en rencontrons toute notre vie et nous ne les voyons pas toujours. Nous pouvons toujours en être un sans le savoir, ou en le sachant parce que nous le désirons.

Quand on regarde la télévision, qu’on lit les journaux ou qu’on écoute des bavardages, il semble qu’il n’y ait que de mauvais anges. On leur laisse trop de place. On aime parler d’eux. On se repaît de leurs méfaits. Si on demande à une émission ou à un journal quelconques de parler d’un ange, il y a rarement de la place pour lui. La générosité de l’âme, le regard clair, la douceur, la tolérance, ça ne se vend pas. Alors les bons anges se font tout petits et attendent leur tour sagement.

La reconnaissance emplit souvent mon cœur pour ces bons anges qui aident à vivre pas après pas, jour après jour, ceux que nous pouvons être, celui qui est en nous et que nous refusons parfois. C’est toujours le même ange et jamais le même, ils se relaient en se passant le témoin. Ils ont tous le pouvoir d’émerveiller et d’être émerveillés. C’est un cadeau perpétuel, difficile à voir parce qu’on attend tout d’un seul ange alors qu’il y en a des centaines, des milliers, six milliards peut-être en l’an 2000. Les anges? De petites bribes, des petits instants, de vous, de moi?

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